Regards de réalisatrices
Demain on déménage
Chantal Akerman, Belgique, France 2004
Drame, Fiction
« C’est l’histoire d’une mère qui revient vivre chez sa fille après la mort de son mari, avec piano, bagages et meubles. La fille n’arrive pas à écrire son livre érotique malgré les conseils judicieux de sa mère, qui contrairement à elle, en connaît un rayon dans ce domaine. Et comme c’est bientôt trop encombré pour elles, il faut donc déménager et vendre. C’est alors que la ronde des visiteurs commence. Et que l’histoire bascule »[1]
- Réalisation :
- Chantal Akerman
- Année :
- 2004
- Pays :
- Belgique, France
- Interprètes :
- Sylvie Testud, Aurore Clément, Jean-Pierre Marielle
- Film Format :
- couleur
- Durée :
- 112'
- Versions :
-
V : FR ⁄ ST : EN
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Chantal Akerman est née à Bruxelles le 6 juin 1950. Elle entre à l’INSAS (Institut Supérier des Arts) à Bruxelles en 1967 qu’elle quitte après quelques mois et réalise l’année suivante son premier court métrage annonciateur, Saute ma ville. Début des années 1970, Akerman vit à New York où elle découvre la scène underground américaine qui marquera profondément son travail. De retour en Belgique, elle réalise à 25 ans Jeanne Dielman, 23, quai du Commerce, 1080 Bruxelles (1975). Considéré dès sa projection à Cannes, comme l’une des œuvres majeures de la modernité cinématographique, le film a été désigné en 2022 par la revue britannique Sight&Sound comme le meilleur film de tous les temps. Artiste infatigable, Akerman a explosé les frontières narratives tout au long de son parcours de plus de 40 films, abordant tour à tour la fiction, le documentaire, la comédie musicale, l’adaptation littéraire, les commandes pour la télévision, et n’a eu de cesse d’explorer dans ses films des préoccupations essentielles telles l’Histoire, l’identité, l’exil, l’appartenance, la mémoire, l’intimité, le genre. Parallèlement à ses films, Chantal Akerman a réalisé dès 1995 près d’une vingtaine d’installations vidéo et elle est également l’autrice de plusieurs livres. Chantal Akerman est décédée à Paris le 5 octobre 2015, demeurant une influence inestimable pour de nombreux cinéastes et artistes.

Après le documentaire réalisé à la frontière Mexique-USA, De l’autre côté (2002), Akerman revient à la fiction et à Paris. Elle retrouve deux actrices qui font partie de son parcours, Aurore Clément, qui l’accompagne depuis Les Rendez-vous d’Anna (1978) et Sylvie Testud héroïne proustienne de La Captive (2000), et collabore à nouveau à l’écriture du scénario avec le cinéaste et écrivain belge Eric de Kuyper.
Fille de la deuxième génération (la mère d’Akerman fut survivante d’Auschwitz), le traumatisme de la Shoah est présent dans toute l’œuvre de la cinéaste. Elle l’évoque ici notamment par le personnage de l’agent immobilier Mr Popernick, qui perdit lui aussi sa famille dans les camps. Demain on déménage n’en reste pas moins une comédie subversive et pleine d’humour, et cette dichotomie singulière au film se manifeste au travers du choix de l’actrice Sylvie Testud, « à la fois tragique et comique, jusqu’au burlesque, et toujours inventive. Elle vous donne envie d’écrire pour elle, son éventail est tellement large, toujours dans la légèreté et la vérité. »
Le personnage de Charlotte interprété par Testud nous parle d’ailleurs de la réalisatrice : c’est « un personnage très proche de moi, au même âge et aujourd’hui. Chercher comment vivre dans un lieu, parler à tout le monde, le désordre, le rapport aux objets, ça me ressemble ».[2]
Un film vivant et délicieux où triomphe la convivialité, qui nous rappelle que Chantal Akerman, trop souvent réduite à une figure de cinéaste intellectuelle et difficile, était tout autant profondément joyeuse et facétieuse.
[1] Synopsis issu du dossier de presse
[2] Chantal Akerman, dossier de presse
















