Restored

Regards de réalisatrices

Demain on déménage

Chantal Akerman, Belgique, France 2004

Drame, Fiction

« C’est l’histoire d’une mère qui revient vivre chez sa fille après la mort de son mari, avec piano, bagages et meubles. La fille n’arrive pas à écrire son livre érotique malgré les conseils judicieux de sa mère, qui contrairement à elle, en connaît un rayon dans ce domaine. Et comme c’est bientôt trop encombré pour elles, il faut donc déménager et vendre. C’est alors que la ronde des visiteurs commence. Et que l’histoire bascule »[1]

Demain on déménage

Réalisation :
Chantal Akerman
Année :
2004
Pays :
Belgique, France
Interprètes :
Sylvie Testud, Aurore Clément, Jean-Pierre Marielle
Film Format :
couleur
Durée :
112'
Versions :
V : FR ⁄ ST : EN
V : FR ⁄ ST : —

Fiche technique

Interprètes :
Sylvie Testud, Aurore Clément, Jean-Pierre Marielle,  Natacha Régnier, Lucas Belvaux, Elsa Zylberstein, Dominique Reymond, Gilles Privat, Anne Coesens, Christian Hecq
Scénario :
Chantal Akerman, Eric de Kuyper
Production :
Paradise Films, Gemini Films
Photographie :
Sabine Lancelin
Montage :
Claire Atherton
Composition musicale :
Sonia Wieder-Atherton
Son :
Pierre Mertens
Décors :
Christian Marti
Costumes :
Nathalie du Roscoät
Genre  :
Drame, Fiction
Format original :
35mm

Fiche digitalisation

Projet :
NextGenerationEU
Année de restauration :
2024
Préservation digitale :
Restoration Digitale – 4K
Fiche digitalisation :
Le film Demain on déménage (2003) de Chantal Akerman a été restauré en 2024 par la Cinémathèque royale de Belgique – CINEMATEK et l’Immagine Ritrovata (Bologna), en collaboration avec la Fondation Chantal Akerman et avec le soutien de la Fédération Wallonie-Bruxelles. 

Les travaux ont été effectués à partir du négatif original 35 mm conservés dans les collections de la Cinémathèque royale de Belgique, où le film a été numérisé en 4K. La restauration a été réalisée sous la supervision de Sabine Lancelin et Marilyn Watelet. Le son a été restauré à partir des DAT (digital audio tape) originaux.

Chantal Akerman est née à Bruxelles le 6 juin 1950. Elle entre à l’INSAS (Institut Supérier des Arts) à Bruxelles en 1967 qu’elle quitte après quelques mois et réalise l’année suivante son premier court métrage annonciateur, Saute ma ville.  Début des années 1970, Akerman vit à New York où elle découvre la scène underground américaine qui marquera profondément son travail. De retour en Belgique, elle réalise à 25 ans Jeanne Dielman, 23, quai du Commerce, 1080 Bruxelles (1975). Considéré dès sa projection à Cannes, comme l’une des œuvres majeures de la modernité cinématographique, le film a été désigné en 2022 par la revue britannique Sight&Sound comme le meilleur film de tous les temps.  Artiste infatigable, Akerman a explosé les frontières narratives tout au long de son parcours de plus de 40 films, abordant tour à tour la fiction, le documentaire, la comédie musicale, l’adaptation littéraire, les commandes pour la télévision, et n’a eu de cesse d’explorer dans ses films des préoccupations essentielles telles l’Histoire, l’identité, l’exil, l’appartenance, la mémoire, l’intimité, le genre. Parallèlement à ses films, Chantal Akerman a réalisé dès 1995 près d’une vingtaine d’installations vidéo et elle est également l’autrice de plusieurs livres. Chantal Akerman est décédée à Paris le 5 octobre 2015, demeurant une influence inestimable pour de nombreux cinéastes et artistes.



Après le documentaire réalisé à la frontière Mexique-USA, De l’autre côté (2002), Akerman revient à la fiction et à Paris. Elle retrouve deux actrices qui font partie de son parcours, Aurore Clément, qui l’accompagne depuis Les Rendez-vous d’Anna (1978) et Sylvie Testud héroïne proustienne de La Captive (2000), et collabore à nouveau à l’écriture du scénario avec le cinéaste et écrivain belge Eric de Kuyper.

Fille de la deuxième génération (la mère d’Akerman fut survivante d’Auschwitz), le traumatisme de la Shoah est présent dans toute l’œuvre de la cinéaste. Elle l’évoque ici notamment par le personnage de l’agent immobilier Mr Popernick, qui perdit lui aussi sa famille dans les camps. Demain on déménage n’en reste pas moins une comédie subversive et pleine d’humour, et cette dichotomie singulière au film se manifeste au travers du choix de l’actrice Sylvie Testud, « à la fois tragique et comique, jusqu’au burlesque, et toujours inventive. Elle vous donne envie d’écrire pour elle, son éventail est tellement large, toujours dans la légèreté et la vérité. »  

Le personnage de Charlotte interprété par Testud nous parle d’ailleurs de la réalisatrice : c’est « un personnage très proche de moi, au même âge et aujourd’hui. Chercher comment vivre dans un lieu, parler à tout le monde, le désordre, le rapport aux objets, ça me ressemble ».[2]

Un film vivant et délicieux où triomphe la convivialité, qui nous rappelle que Chantal Akerman, trop souvent réduite à une figure de cinéaste intellectuelle et difficile, était tout autant profondément joyeuse et facétieuse.


[1] Synopsis issu du dossier de presse
[2] Chantal Akerman, dossier de presse