Restored

Regards de réalisatrices - Musique

Golden Eighties

Chantal Akerman, Belgique, France, Suisse 1986

Musical, Comédie, Fiction, Drame

« Au cœur d’une galerie marchande, c’est le grand méli-mélo de la vie à fleur de peau où les affaires des autres sont aussi celles de tout le monde : boutiques, snack-bar, salon de coiffure, néons multicolores, un décor où tout est fait pour accrocher l’œil, tenter, séduire. Un espace qui fait de chacun le spectateur de tous les autres et un acteur malgré lui. »[1]

Golden Eighties

Réalisation :
Chantal Akerman
Année :
1986
Pays :
Belgique, France, Suisse
Interprètes :
Myriam Boyer, John Berry, Delphine Seyrig
Film Format :
couleur
Durée :
97'
Versions :
V : FR ⁄ ST : NL
V : FR ⁄ ST : EN

Fiche technique

Interprètes :
Myriam Boyer, John Berry, Delphine Seyrig,  Lio, Pascal Salkin, Fanny Cottençon, Charles Denner, Jean-François Balmer, Nicolas Tronc, Nathalie Richard
Scénario :
Chantal Akerman, Jean Gruault, Leora Barish, Henry Bean, Pascal Bonitzer
Production :
Paradise Films, La Cecilia, Limbo Films
Photographie :
Gilberto Azevedo, Luc Benhamou
Montage :
Francine Sandberg
Composition musicale :
Marc Hérouet
Son :
Henri Morelle, Miguel Rejas
Décors :
Serge Marzolff
Costumes :
Pierre Albert
Genre  :
Musical, Comédie, Fiction, Drame
Format original :
35mm

Fiche digitalisation

Projet :
NextGenerationEU
Année de restauration :
2024
Préservation digitale :
Restoration Digitale – 4K
Fiche digitalisation :
Le film Golden Eighties (1986) de Chantal Akerman a été restauré en 2024 par la Cinémathèque royale de Belgique – CINEMATEK et l’Immagine Ritrovata (Bologna), en collaboration avec la Fondation Chantal Akerman, avec l’aide de la Fédération Wallonie-Bruxelles et le soutien précieux de Leora Barish, Henry Bean, Ostrovsky Family Fund (OFF), SWA. 

Les travaux ont été effectués à partir du négatif original 35 mm conservés dans les collections de la Cinémathèque royale de Belgique, où le film a été numérisé en 4K. La restauration image a été réalisée au laboratoire de l’Immagine Ritrovata sous la supervision du cadreur Luc Benhamou. Le son a été restauré par l’Immagine Ritrovata à partir du mixage original.

Chantal Akerman est née à Bruxelles le 6 juin 1950. Elle entre à l’INSAS (Institut Supérieur des Arts) à Bruxelles en 1967 qu’elle quitte après quelques mois et réalise l’année suivante son premier court métrage annonciateur, Saute ma ville. Début des années 1970, Akerman vit à New York où elle découvre la scène underground américaine qui marquera profondément son travail. De retour en Belgique, elle réalise à 25 ans Jeanne Dielman, 23, quai du Commerce, 1080 Bruxelles (1975). Considéré dès sa projection à Cannes, comme l’une des œuvres majeures de la modernité cinématographique, le film a été désigné en 2022 par la revue britannique Sight&Sound comme le meilleur film de tous les temps. Artiste infatigable, Akerman a explosé les frontières narratives tout au long de son parcours de plus de 40 films, abordant tour à tour la fiction, le documentaire, la comédie musicale, l’adaptation littéraire, les commandes pour la télévision, et n’a eu de cesse d’explorer dans ses films des préoccupations essentielles telles l’Histoire, l’identité, l’exil, l’appartenance, la mémoire, l’intimité, le genre. Parallèlement à ses films, Chantal Akerman a réalisé dès 1995 près d’une vingtaine d’installations vidéo et elle est également l’autrice de plusieurs livres. Chantal Akerman est décédée à Paris le 5 octobre 2015, demeurant une influence inestimable pour de nombreux cinéastes et artistes.

Inattendue dans le genre de la comédie musicale, Akerman s’est imprégnée des films de Lubitsch, Capra ou Cukor mais aussi de l’univers singulier des galeries marchandes. Et c’est un monde qu’elle connait bien, la famille Akerman ayant une boutique de prêt à porter dans la galerie bruxelloise de la Toison d’Or. « Ce qui m’avait terriblement frappée, c’est qu’il s’agit d’un lieu théâtral, de représentation. On est bien habillé, on sourit et derrière tout ça les gens ont une vie, une humanité, cachées mais présentes. »[2]

La galerie de la Toison d’Or fut reconstruite à l’identique dans un studio près de Paris, à partir de nombreuses photographies de repérage prises par la cinéaste, pour devenir un véritable personnage en soi dans le film. C’est là que glisse et chante l’excellent ensemble d’acteurs qu’elle a regroupés autour d’elle : Delphine Seyrig qu’elle retrouve après Jeanne Dielman et Letters Home, Lio, star de la pop des années 1980 et les acteurs français connus du grand public Fanny Cottençon, Charles Denner ou Jean-François Balmer.

Akerman assuma la chorégraphie des scènes dansées et signa les paroles des chansons composées par Marc Hérouet. Cette bande-son pop contagieuse est d’ailleurs trompeuse : est-ce une comédie musicale, une critique des années 1980 hyper-commerciales, un film anti-romantique contre l’illusion de l’amour ou simplement un film sur la vie de tous les jours ?

Éléments de restauration

Pour la restauration de Golden Eighties, le défi résidait principalement dans le manque d’éléments de haute qualité pour mener à bien la restauration. Nous disposions certes du négatif original pour l’image, mais celui-ci avait été utilisé à maintes reprises au fil des ans pour réaliser de nouvelles copies de distribution, ce qui l’avait considérablement usé.

Pour le son, les mixages originaux étaient encore disponibles sous différentes formes, mais ils étaient malheureusement souvent incomplets ou déjà altérés par la décomposition, ce qui avait commencé à déformer la qualité sonore.

Lors d’une restauration, le scan du négatif original est toujours la meilleure option, car c’est l’élément le plus net et le plus détaillé. Mais pour redonner vie aux couleurs, nous avons besoin de références. Bien que nous n’ayons pas eu suffisamment de copies de distribution, nous avons eu la chance que Luc Benhamou, qui a travaillé sur le film, puisse nous aider grâce à sa connaissance de l’intention originale du film.

Restauration Image

L’image a été scannée à CINEMATEK et les scans bruts ont été envoyés à L’Immagine Ritrovata à Bologne. Lors du scan, nous avons utilisé un filtre infrarouge, ce qui a permis aux restaurateurs de détecter plus facilement les rayures et autres dommages et de les restaurer numériquement.

Le travail de restauration était surtout sur l’élimination des poussières, des grosses taches et nombreuses petites rayures.

La restauration a été effectuée avec le logiciel Phoenix pour stabilisation, éliminations du flicker/pompages lumineux et le nettoyage automatique et manuel, suivi d’un contrôle attentif pour éviter d’éventuels artéfacts ou modification du grain original du film.

La partie avec le générique début avait un problème plus prononcé de flicker, un autre logiciel a été utilisé pour faire des corrections ponctuelles sans dénaturer l’ensemble de l’éclairage du plan.

L’étalonnage s’est fait en collaboration avec Luc Benhamou, qui avait travaillé sur le film à l’époque, comme assistant du chef opérateur. Du point de vue de la photographie, le film était pensé en trois lieux qui devaient être chacun bien identifiable par une différente photographie et lumière: l’espace central avec le bar, le magasin de vêtements et le coiffeur pour dames.

La difficulté de rendre à chaque espace sa propre tonalité était souvent dû à un éclairage du plateau au néon et lumières colorées typique d’une galerie marchande. Pour obtenir des séquences homogènes en passant de l’une à l’autre des trois ambiances, le travail d’étalonnage était méticuleux sur chaque plan, en faisant ressortir l’original éclat du film.

Restauration Son

Les bandes sonores ont également été envoyées à Bologne, où elles ont été enregistrées et où les meilleurs morceaux ont été sélectionnés et combinés pour obtenir une restauration réussie.

Nous sommes partis du mixage original (sur 3 pistes) et de deux mixages mono.

Le mixage original était incomplet, il manquait environ 19 minutes, qui ont été récupérées à partir des deux autres mixages magnétiques. À deux endroits, la qualité du mixage original s’était trop détériorée avec le temps et a dû être complétée par le mixage mono.


[1] Synopsis issu du dossier de presse de l’époque.
[2] Interview d’Akerman dans le dossier de presse de l’époque.