ARTISTS IN FOCUS

Que le cinéma aille à sa perte
Le cinéma de Marguerite Duras

Duras pense, à l’époque de son premier long métrage, La Musica, que le cinéma lui permettra de se distraire du « labeur terrifiant » que représentait la publication de livres. La Musica est une introduction « accessible » à l’univers cinématographique de Duras, proche de la nouvelle vague : un trio psychologique qui dissèque délicatement l’amour après la séparation, mettant en scène son amie et actrice fétiche, Delphine Seyrig.

En tant que cinéaste, Duras considère ne pas avoir de contemporains, et n’admire presque aucun cinéma. L’une des raisons pour laquelle elle s’est lancée dans la pratique de la réalisation est de se substituer elle-même aux mauvaises interprétations de ses écrits réalisés par d’autres jusque-là : ces adaptations, trop littérales et édulcorées, manquent de l’attrait large de ses romans best-sellers. Tout au long de ses trois décennies de carrière cinématographique (1967–1984), Duras adapte souvent ses propres textes, puis les réadapte lorsqu’ils ne la satisfont pas (voir, par exemple, son film le plus célèbre, India Song, qu’elle avait d’abord écrit comme pièce de théâtre, puis radicalement réinterprété sous le titre Son nom de Venise dans Calcutta désert). 

Duras prône un « cinéma de la pauvreté », dénonçant les productions commerciales qu’elle considère comme « complètement digérées, achevées, données en pâture au spectateur dont les facultés intellectuelles ne sont donc utilisées qu’à 20 % au maximum ». Les films de Duras remettent en question et rendent complexe toute relation conventionnelle entre l’audio et le visuel : souvent, ce qui est décrit ne se manifeste jamais à l’écran (voir L’Homme atlantique, un film composé de l’amorce noire qu’elle a filmé sur de la pellicule couleur). La majorité de ses films sont anti-narratifs, étant donné que la caractérisation fait souvent délibérément défaut et que les antécédents et motivations de ses personnages restent rarement précisés. Ailleurs, des images sont « recyclées » (des séquences initialement tournées pour Le Navire Night apparaissent dans Césarée et Les Mains négatives). 

Tout comme dans ses écrits, les scénarios de Duras regorgent de jeux de langage : les phrases sont déformées au-delà de toute syntaxe, la répétition d’éléments de discours et de musique crée un effet hypnotique. Les expériences cinématographiques de Duras sont profondément sensuelles : beaucoup d’entre elles concernent les limites les plus extrêmes – parfois taboues, souvent mortelles – du désir. Certaines sont également très drôles, intentionnellement (voir le personnage de Gérard Depardieu dans Nathalie Granger) ou non. La musique, entre rumbas et tangos, évoque les tropiques où la cinéaste a grandi, même si tous les films sauf un ont été tournés en France, souvent dans sa maison près de Paris ou à Trouville. Sa relation non conventionnelle à la forme reflète une relation complexe à la représentation. Néanmoins, les préoccupations qui ont marqué la vie de l’artiste apparaissent et disparaissent du cadre : les colonies françaises, la judéité après la Shoah, la vie domestique des femmes, le prolétariat et le Parti communiste…

En collaboration avec Another Gaze, une revue féministe sur le cinéma. Le projet comprend également une plate-forme de streaming (Another Screen) et une petite maison d’édition (Another Gaze Editions).


En collaboration avec


Avec l’aide financière de

image
Samedi 04.04 19:00 LEDOUX Cart

Les ultimes déchirements d’un couple, le soir de leur divorce. Le rituel de l’amour-haine, avec ses hargnes et ses silences — pour le premier film signé Marguerite Duras. Précédé de Comédie de Marin Karmitz, un film qui adapte une pièce de Beckett en expérimentant avec la lumière et le son, et qui réunit entre autres Michael Lonsdale et Delphine Seyrig.

Séance présentée en anglais et en français par Daniella Shreir (Another Gaze).

 + INVITÉ 

image
Lundi 06.04 21:00 LEDOUX Cart

Que le cinéma aille à sa perte : Le cinéma de Marguerite Duras

Detruire, dit-elle
  • Marguerite Duras, France 1969 ⁄ Henri Garcin, Catherine Sellers ⁄ NB ⁄ 97' ⁄ V: FR ⁄ ST:  —

Du cinéma de chambre pour quatre personnages sans identité, entre parc désolé et partie de cartes insolite. L’un des essais les plus discutés (et les plus fascinants) de Duras.

image
Mercredi 08.04 19:00 LEDOUX Cart

Que le cinéma aille à sa perte : Le cinéma de Marguerite Duras

Jaune le soleil
  • Marguerite Duras, France 1971 ⁄ Catherine Sellers, Sami Frey ⁄ NB ⁄ 99' ⁄ V: FR ⁄ ST:  —

La sobriété (un seul lieu) et l’incantation, pour un message politique sur les parias sociaux d’après Mai 1968, dupés par un communisme "allié objectif de l’oppression capitaliste".

image
Jeudi 09.04 20:00 PLATEAU Cart
Dimanche 12.04 18:00 PLATEAU Cart
Mercredi 15.04 18:00 PLATEAU Cart

Une tenancière de bistro parisien (Alida Valli, poignante) pense reconnaître dans un clochard amnésique son mari disparu pendant la guerre. Palme d’or à Cannes en 1961, le premier film d’Henri Colpi, sur un scénario de Marguerite Duras. Précédé de la mise en scène d’un scénario de Duras par un des cinéastes les plus sous-estimés du cinéma français, Georges Franju.

image
Samedi 11.04 21:00 LEDOUX Cart

Dans le huis clos d’une maison de campagne, deux femmes, Jeanne Moreau et Lucia Bosè, vivent confinées dans un temps comme suspendu. Duras avant le radical de ses plus grands films, laisse l’action (minimaliste) et les dialogues s’épauler mutuellement. Dans Gaumont Palace, la romancière lit des extraits du scénario de Nathalie Granger et nous partage ses réflexions sur le cinéma.

image
Lundi 13.04 19:00 LEDOUX Cart

Deux des films les plus simples mais esthétiquement radicaux de Duras, tous deux réalisés à partir de séquences tournées à l’origine pour Le Navire Night et Agatha et les lectures illimitées. Un exercice d’écoute — au son des accords de violoncelle et de la voix poignante de Duras dans Les Mains négatives, et du récit douloureux d’une femme sur un amour perdu dans L’Homme atlantique.

image
Vendredi 17.04 21:30 LEDOUX Cart

Au départ de son roman Le Vice-Consul, des personnages archétypaux de Marguerite Duras évoqués en un puzzle narratif déconstruisant la dramaturgie traditionnelle du récit. Présenté avec la restauration récente de Nuit noire, Calcutta où Marin Karmitz, en écho à Duras et à l’alcoolisme, suit les errances d’un Maurice Garrel en vice-consul dans la tourmente..

image
Dimanche 19.04 18:00 LEDOUX Cart

Que le cinéma aille à sa perte : Le cinéma de Marguerite Duras

Mademoiselle
  • Tony Richardson, UK, France 1966 ⁄ Ettore Mani, Umberto Orsini ⁄ NB ⁄ 102' ⁄ ST: NL - FR

Dans un village en Corrèze, une institutrice respectable souffre d’une sexualité refoulée, ce qu’elle exprime au travers d’incendies volontaires dans le village, dont elle met la responsabilité sur le dos d’un bûcheron italien qu’elle désire. Un film atypique de Tony Richardson, adapté d’un scénario de Jean Genet et Marguerite Duras, qui renforce le propos ambigu et sulfureux de cette chronique de la frustration par le réalisme d’un noir et blanc austère.

image
Mardi 21.04 18:00 PLATEAU Cart
Samedi 25.04 20:00 PLATEAU Cart
Jeudi 30.04 18:00 PLATEAU Cart

Que le cinéma aille à sa perte : Le cinéma de Marguerite Duras

Sauve qui peut (la vie)
  • Jean-Luc Godard, Suisse, France 1980 ⁄ Isabelle Huppert, Jacques Dutronc ⁄ couleur ⁄ 89' ⁄ V: FR ⁄ ST:  —

Au départ de trois solitudes croisées, quelques interrogations sur l’époque par un Godard formaliste, avec citations , chocs d’images — et Isabelle Huppert, en prostituée désabusée.

image
Mercredi 22.04 19:00 LEDOUX Cart

Un diptyque basé sur les lettres d’une poétesse fictive écrites à un amant imaginaire, qu’elle cherche dans le corps des autres. Les lettres évoquent les souvenirs du passé juif de Steiner, du camp de concentration qui a connu sa naissance à la mort de sa mère.

Séance présentée en anglais et en français par Daniella Shreir (Another Gaze).

 + INVITÉ 

image
Jeudi 23.04 21:30 LEDOUX Cart

Un film sur l’absence de film: entrecoupé de brèves images neutres, la lecture commentée — par la romancière et Depardieu — de ce qu’aurait été Le Camion. Précédé d’un court portrait réalisé pour la série Chroniques de France.

image
Mardi 28.04 21:00 LEDOUX Cart

Que le cinéma aille à sa perte : Le cinéma de Marguerite Duras

India Song
  • Marguerite Duras, France 1975 ⁄ Delphine Seyrig ⁄ couleur ⁄ 117' ⁄ V: FR ⁄ ST:  —

Personnages hors du temps, sortilèges d’un lieu clos, polyphonie de voix et d’images incantatoires: Duras, "la magicienne d’un anti-cinéma" (Serge Toubiana) — et un climat d’amour fou.

image
Vendredi 01.05 21:00 LEDOUX Cart

Une expérience filmique de Marguerite Duras, reprenant (sans acteurs à l’écran) la bande-son intégrale de son India Song sur des images de ruines inhabitées. Le film est précédé de Cygne I & II d’Absis, filmés en collaboration avec la romancière, le directeur de la photographie Bruno Nuytten et l’acteur Michael Lonsdale.

image
Mardi 05.05 21:15 LEDOUX Cart

Que le cinéma aille à sa perte : Le cinéma de Marguerite Duras

Les Lieux de Marguerite Duras
  • Michelle Porte, France 1976 ⁄ Marguerite Duras ⁄ couleur ⁄ 103' ⁄ V: FR ⁄ ST:  —

Portrait de Marguerite Duras en deux volets. En 1976, dans sa maison de Neauphle-le-Château, et dans l’hôtel Rothschild à Trouville, elle évoque les lieux, maisons, pays, où elle vécut, et leur influence sur son œuvre. Le contenu de ces entretiens, comme le souhaitaient la réalisatrice Michelle Porte et l’autrice, n’étaient pas convenus. Duras forcément sublime !

image
Jeudi 07.05 19:00 LEDOUX Cart

Que le cinéma aille à sa perte : Le cinéma de Marguerite Duras

Des journées entières dans les arbres
  • Marguerite Duras, France 1976 ⁄ Jean-Pierre Aumont, Madeleine Renaud ⁄ couleur ⁄ 99' ⁄ V: FR ⁄ ST:  —

Un portrait de mère, à la fois aimée et honnie. La pièce autobiographique de Marguerite Duras, dans sa mise en scène et par ses créateurs, dont la bouleversante Madeleine Renaud.

image
Dimanche 10.05 21:30 LEDOUX Cart

Que le cinéma aille à sa perte : Le cinéma de Marguerite Duras

Vera Baxter
Baxter, Vera Baxter
  • Marguerite Duras, France 1977 ⁄ Delphine Seyrig, Noëlle Châtelet, Nathalie Nell ⁄ couleur ⁄ 95' ⁄ V: FR ⁄ ST:  —

Dans une villa bourgeoise, une femme trahie et solitaire côtoie une belle inconnue de passage (Delphine Seyrig). Ce sont là les seuls éléments d’un film austère rythmé par les textes obsessionnels de Marguerite Duras.

image
Lundi 11.05 19:00 LEDOUX Cart

Que le cinéma aille à sa perte : Le cinéma de Marguerite Duras

Moderato cantabile
  • Peter Brook, France, Italie 1960 ⁄ Jean-Paul Belmondo, Pascale de Boysson ⁄ NB ⁄ 93' ⁄ ST: NL

Suite à un crime passionnel, la rencontre entre l’épouse d’un industriel (Jeanne Moreau) rongée par l’ennui et un jeune ouvrier (Jean-Pierre Belmondo) dont elle s’éprend. Un roman de Marguerite Duras, évoquant l’histoire simple mais captivante d’un amour dont la passion souffre des rapports de classes. Remarquable adaption en plein essor de la Nouvelle Vague par Peter Brook.

image
Jeudi 14.05 19:00 LEDOUX Cart

Que le cinéma aille à sa perte : Le cinéma de Marguerite Duras

Le Navire Night
  • Marguerite Duras, France 1979 ⁄ Dominique Sanda ⁄ couleur ⁄ 93' ⁄ V: FR ⁄ ST:  —

Caméra neutre sur décors nus, comédiens-simulacres et un texte de Duras dit par elle  — sur une histoire d’amours solitaires par téléphone.

image
Dimanche 17.05 21:00 LEDOUX Cart

Deux films sur l’histoire d’amour impossible entre un conquérant romain et Bérénice, reine des juifs, qui fut d’abord faite captive, puis renvoyée à Césarée en Palestine.

image
Mercredi 20.05 19:00 LEDOUX Cart

Que le cinéma aille à sa perte : Le cinéma de Marguerite Duras

Agatha et les Lectures illimitées
  • Marguerite Duras, France 1981 ⁄ Yann Andréa, Marguerite Duras ⁄ couleur ⁄ 85' ⁄ V: FR ⁄ ST:  —

Acteurs hiératisés, images contemplatives et musique de Brahms pour une exaltation durassienne de l’amour fou entre frère et sœur, happés par l’inceste, comme dans Wälsungenblut de Thomas Mann.

image
Samedi 23.05 20:00 LEDOUX Cart

Approche du langage comme accès au monde, à partir du personnage d’Ernesto, Les Enfants est scénarisé par Marguerite Duras, son fils Jean Mascolo et le scénariste belge Jean-Marc Turine. Dans le très beau livre 5 rue Saint-Benoît, 3e étage gauche : Marguerite Duras, ce dernier relate son cheminement auprès de l’autrice française. À cette époque sa compagne Violaine de Villers réalise La Fadeur sublime. Pour clore la séance, l’adaptation d’Ah ! Ernesto ! de Duras par Danièle Huillet et Jean-Marie Straub.

Séance présentée en français par Violaine de Villers et Jean-Marc Turine (réalisateurs).

 + INVITÉ