« Je ne serais pas devenu ce que je suis sans mon obstination à vouloir créer des personnages imaginaires, à mettre en images mes rêves ou mes cauchemars... »[1] – Raoul Servais

Raoul Servais

Réalisation :
Raoul Servais
Année :
1960-2001
Pays :
Belgique
Film Format :
couleur

Fiche technique

Genre  :
Animation, Court, Expérimental

Fiche digitalisation

Année de restauration :
2014
Préservation digitale :
Restoration Digitale – 2K
Fiche digitalisation :
La collection des court métrages Raoul Servais a été restaurée en 2014-2018 par la Cinémathèque royale de Belgique – CINEMATEK, avec le soutien du Fonds Baillet Latour, l’aide de Belspo et grâce au soutien des joueurs de la Loterie Nationale.

Raoul Servais (Ostende 1928 - 2023 Leffinge) est un pionnier de l’animation belge, et l’un des représentants majeurs de l’animation mondiale.

Passionné dès son plus jeune âge pour le dessin, l’art et le cinéma, Servais entame ses études à l’Académie royale des Beaux-Arts de Gand (actuel KASK) et s’intéresse au cinéma d’animation, alors pratiquement inexistant en Belgique. Il réalise son premier film en 1960, Havenlichten, marqué par l’empreinte de sa ville natale et par une pratique artisanale et indépendante.

En 1961, au tout début de sa carrière, Raoul Servais écrit dans une lettre: « Certains affirment que je suis un peintre, d’autres un graphiste et encore d’autres que je suis cinéaste. Je suis les trois à la fois, l’un découle de l’autre... mais lorsque je veux raconter une histoire, je me dois de travailler avec la quatrième dimension : le temps. C’est cette dimension-là que peut m’offrir l’art cinématographique. (...) De cette manière je peux atteindre et émouvoir le grand public. Mon but est de susciter l’émotion chez le plus grand nombre... »[2]

De 1966 à 1978, il réalise 7 courts métrages, parmi lesquels Chromophobia (1966), Sirène (1968), Goldframe (1969), Operation X-70 (1971), qui jouissent d’une reconnaissance critique et dans les festivals – tous ses films seront primés dans tous les festivals prestigieux dont Venise et Cannes, où il obtient la Palme d’or pour Harpya en 1979.

Ses opinions politiques antifascistes, son horreur des conflits et de l’oppression, ses aspirations de paix et de justice se retrouvent au gré de tous ses films, également emprunts du réalisme magique cher au cinéma belge : « Si Servais reprend toujours les mêmes thèmes de liberté et d’amour, il déploie également, au fil des ans, un don incroyable qui consiste à aborder chaque film dans un style et un graphisme différents. Chaque réalisation est en même temps une recherche constante, une expérimentation »[3].

II mettra d’ailleurs au point la Servaisgraphie, procédé qui consiste en un système de trucage permettant d’une part l’incrustation de personnages filmés en vues réelles dans des décors de création graphique et qu’il utilise pour Taxandria, son premier long métrage réalisé en 1994, passant à ce format « parce que le scénario que j’avais écrit ne pouvait se satisfaire de la durée d’un court métrage. Le long métrage était un nécessité artistique. Je savais déjà au moment où je le réalisais qu’ensuite je retournerais au court métrage. »[4] Servais ne fera qu’un usage partiel de son nouveau procédé pour ce film mais réalisa cependant le court qui suivit, Papillons de nuit (1997) qui sera entièrement tourné de cette façon.

Il fonde, à l’Académie des Beaux-Arts à Gand, l’un des tout premiers départements consacrés au film d’animation en Europe, devenant une figure clé dans la formation de nouvelles générations de cinéastes de films d’animation.


Havenlichten

Les Lumières du port
Havenlichten

Raoul Servais, Belgique 1960 / Couleur / 10’ / V: MUSIQUE

Dans un petit village de pêcheurs un réverbère courbaturé a été jeté sur un dépôt d’immondices. Un bateau de pêche, en détresse lors d’une forte tempête, ne trouve plus son port d’attache, car le vieux phare s’est endormi. Heureusement le réverbère se charge de le remplacer.

« Les Lumières du port fut mon premier dessin animé achevé, mais sa sonorisation laissait à désirer et son animation restait quelque peu maladroite. Toutefois, son scénario était valable et son graphisme assez novateur. »


Scénario: Raoul Servais
Animation: Raoul Servais
Composition musicale: Luc Van Branteghem
Production: Absolon Films - Anagram
Design sonore: Jean De Cock
Format original: 16 mm


Omleiding November

Déviation novembre
Omleiding November

Raoul Servais, Jean Decock, Belgique 1962, N/B / 13′ / V: MUSIQUE

Film en vues réelles, sans animation. Un 11 novembre, un homme va déposer une couronne sur sa vieille voiture qui repose dans un cimetière de voitures. Celui-ci semble être un labyrinthe dans lequel l’homme se perdra. 

« Agréable à réaliser car on pouvait connaître le résultat beaucoup plus rapidement qu’en animation. »

Scénario: Raoul Servais
Cast: Werner Edebau, Sabine, Joëlle
Composition musicale: Paul Van Gysegem
Format original: 16 mm


De valse noot

La Fausse note
De valse noot

Raoul Servais, Belgique 1963 / Couleur / 10’ / V: NL – MUSIQUE & V: FR – MUSIQUE

Un petit mendiant essaie, en vain, de récolter une aumône dans la grande ville où tout est ordonné en fonction de la publicité, du rendement et du profit. La complainte qu’égrène son petit orgue de barbarie s’achève toujours sur une fausse note impressionnante, qui ne cesse de provoquer la colère des citadins. Le mendiant pourra enfin recueillir une aumône très particulière qui lui permettra de réaliser le rêve de sa vie.

« Avec une animation, un montage et une sonorisation mieux adaptés, La Fausse note représente les mêmes caractéristiques que mon premier film Les Lumières du port : l’élaboration d’un scénario structuré doublé d’un graphisme stylisé. »

Scénario: Raoul Servais
Animation: Raoul Servais
Cast: Werner Edebau, Sabine, Joëlle
Production: Absolon Films / Anagram
Composition musicale: Luc Van Branteghem
Format original: 35 mm


Chromophobia

Chromophobia

Raoul Servais, Belgique 1965 / Couleur / 10’ / V: SANS DIALOGUES

Les légions grises envahissent le monde de la couleur avec l’intention d’imposer la domination totale du noir-gris-blanc. La résistance se manifestera sous la forme d’un bouffon écarlate, Thyl Ulenspiegel de la légende flamande, qui, par ses ruses chromatiques, provoquera le retour de la couleur.

« Chromophobia était un pas en avant dans l’évolution vers un dessin encore plus simple, voire schématisé, allant de pair avec un montage dynamique. »

Scénario: Raoul Servais
Animation: Raoul Servais
Production: Absolon Films / Anagram – Ministère de l’Éducation nationale et de la Culture
Composition musicale: Ralph Darbo
Design sonore: Jean De Cock
Décors: Norbert Deseyn
Format original: 35 mm


Sirene

Sirene

Raoul Servais, Belgique 1968 / Couleur / 9’30’’ / V: SANS DIALOGUES

Des grues géantes et des reptiles ailés du Jurassique règnent en maîtres sur un étrange port de commerce. Seul un pêcheur à la ligne y est toléré. Il sera témoin d’une étrange idylle entre un mousse et une sirène. Rêve ou réalité ?

« Particularité du film fut le choix de deux couleurs dominantes: le rouge pour les séquences dramatiques, et le bleu pour les séquences romantiques. »

Scénario: Raoul Servais
Animation: Raoul Servais & Willy Verschelde
Production: Absolon Films / Anagram
Composition musicale: Lucien Goethals
Design sonore: Jef Bruyninckx
Décors: Norbert Deseyn


Goldframe

Goldframe

Raoul Servais, Belgique 1969 / NB / 5′ / V: EN ST: FR-NL

Jason Goldframe, le grand producteur de films hollywoodiens, fut, en toutes circonstances, le meilleur et, surtout, le premier. Il veut également l’être en produisant le premier film en format 270 mm ! Conditionné par son esprit compétitif, il en devient obsédé au point de vouloir dépasser en vitesse sa propre ombre. Un certain soir, il y parviendra.

« Goldframe représentait une première expérience dans la représentation d’un personnage dont la figure n’était pas nettement contournée. L’esquisse spontanée des contours de l’unique personnage du film, Mr. Jason Goldframe, s’allie harmonieusement aux magnifiques décors de Paul Van Gysegem. »

Scénario: Raoul Servais
Animation: Willy Verschelde
Production: Raoul Servais, Absolon Films / Anagram
Composition musicale: Duncan Calyer, Paul Van Gysegem
Design sonore: Jef Bruyninckx
Décors: Paul Van Gysegem


To speak or not to speak

To speak or not to speak

Raoul Servais, Belgique 1970 / Couleur / 11’ / V: EN ST: FR-NL

L’homme de la rue se voit interviewé afin d’exprimer son opinion sur la situation politique. Il donne des réponses évasives, banales et incohérentes qui se retrouvent dans des textes apparaissant dans des ‘bulles’. Un personnage marginal, une sorte de hippie, osera, en revanche, formuler une opinion coloriée qui fera preuve de caractère.

« La nouveauté dans To speak or not to speak réside non dans les dessins, mais dans l’emploi de phylactères. La typographie des textes qui apparaissent dans les ‘bulles’ dévoile la personnalité des différents personnages. »

Scénario: Raoul Servais
Animation: Willy Verschelde
Production: Raoul Servais, Absolon Films / Anagram
Composition musicale: Lucien Goethals
Design sonore: Jef Bruyninckx
Décors: Norbert Deseyn


Operation X-70

Opération X-70

Raoul Servais, Belgique 1971 / Couleur / 9’40’’ / V: EN ST: FR-NL

Une puissante nation expérimente un nouveau gaz qui ne tue ni ne blesse le sujet asphyxié, mais le transporte dans un état léthargique et mystique. Des bombes de gaz X-70 seront larguées par erreur sur le Nebelux et provoqueront une mutation imprévue auprès de la population de ce charmant petit pays.

« Pour Opération X-70 les décors ont été gravés par Marc Ampe. Afin de garantir une osmose entre les eaux-fortes et les personnages dessinés sur cello, il a fallu les traiter au moyen de crayons gras. »

Scénario: Raoul Servais
Animation: Willy Verschelde
Production: Pen Film
Composition musicale: Arsène Souffriau
Design sonore: Roger Defays
Décors: Marc Ampe


Pegasus

Pegasus

Raoul Servais, Belgique 1973 / Couleur / 8’29” / V: SANS DIALOGUES

Un vieux maréchal-ferrant privé de travail est trop âgé pour être recyclé dans la société technologique. Sa frustration se traduira par une absurde sublimation du cheval, ce qui lui fera créer un univers hallucinant dans lequel il restera toutefois aussi solitaire et inutile qu’auparavant.

« La technique de la peinture expressionniste s’accordait à merveille avec le thème rural de Pégasus. L’école de Laethem fut la source d’inspiration pour les personnages et les décors. La superposition de plusieurs couches de peinture acrylique a nécessité beaucoup de travail de coloriage. »

Scénario: Raoul Servais
Animation: Willy Verschelde
Photographie: Raoul Servais, Étienne Debruyne
Production: Pen Film
Composition musicale: Lucien Goethals
Design sonore: Roger Defays
Décors: Norbert Deseyn


Het lied van Halewyn

Le Chant de Halewyn
Het lied van Halewyn

Raoul Servais, Belgique, Italie 1976 / Couleur / 12’ / V: SANS DIALOGUES

Ce film fut un épisode de la série pour télévision « Légendes d’Europe ». Le chant magique du Sire Halewyn attire les jeunes filles des campagnes vers une sombre forêt dont elles ne reviennent jamais. Adaptation d’un chant médiéval.

« Ce film de commande a été exécuté en papier métallisé découpé. Les décors étaient créés par Suzanne Maes. Le film n’est qu’une pâle version de l’original car la société de production romaine estimait que le récit médiéval s’avérait trop sanglant pour un public d’enfants… »

Scénario: Raoul Servais
Animation: Veronique Steeno
Production: Luna Film, Corona Cinematografica
Composition musicale: Benedetto Gighlia
Décors: Suzanne Maes


Harpya

Harpya

Raoul Servais, Belgique 1979 / Couleur / 9’ / V: SANS DIALOGUES

Au cours d’une promenade nocturne, Monsieur Oscar est témoin d’une agression et découvre, à sa grande stupéfaction, qu’il vient de porter secours à une authentique harpie. L’intérêt qu’il lui porte n’est pas sans danger !

« Harpya représente ma première tentative à vouloir combiner vues réelles et animation. Il fallait incruster les images des acteurs dans des décors graphiques. Comme la technique digitale n’existait pas encore et que le procédé ‘masque’ semblait impayable, j’ai développé une technique combinant le papier découpé, la projection frontale et le multiplan. Le résultat était satisfaisant, mais le procédé étant fort laborieux, il ne pouvait être exécuté que par une personne. Pour cela Harpya restera probablement le seul film réalisé à l’aide de cette technique. »

Scénario: Raoul Servais
Animation: Raoul Servais
Photographie: Walter Smets
Interpètes: Fran Waller Zeper, Will Spoor, Sjoert Schwibethus
Production: Absolon Films
Composition musicale: Lucien Goethals
Décors: Raoul Servais
Costumes: Jeanne Sels, Fernand Boudens


Nachtvlinders

Papillons de nuit
Nachtvlinders

Raoul Servais, Belgique 1998 / Couleur / 8’ / V: SANS DIALOGUES

Un papillon de nuit nous mène dans la salle d’attente d’une gare de banlieue. Nous y trouverons des personnages figés qui, durant quelques minutes, reprendront vie, jusqu’au moment où arrivera le train du soir avec son unique voyageur. Hommage à Paul Delvaux.

« Papillons de nuit est le seul film à avoir été tourné intégralement en ‘Servaisgraphie’. Quoique ce procédé permette une incrustation efficace de vues réelles dans un décor dessiné, il est actuellement devenu obsolète face à l’évolution de la technologie digitale. »

Scénario: Raoul Servais
Animation: Joëlle Servais
Photographie: Lou Demeyere
Interprètes: Trees Bonte, Elise De Vliegher, Valérie Chaminaud, Niki Constantinidis; Jo Roets
Production: Annemie Degryse, Anagram, Atelier aaa & Channel Four Television
Montage: Chantal Heymans, Raoul Servais
Design Sonore: Benoît Biral
Composition musicale: Bo Spaenc
Décors: Étienne Schreder, Marc Brackez, Isabelle Cracco, Jonathan Persyn
Costumes: Claudine Grinwis Plaat Stultjes


Atraksion

Atraksion

Raoul Servais, Belgique 2001 / Couleur / 10’ / V: SANS DIALOGUES

Des bagnards errent sans but dans un paysage de désolation. L’un d’eux tourne son regard vers une lumière aveuglante et tente d’accéder vers elle. Serait-ce la délivrance ?

« Tout comme pour Taxandria, mon rôle se limitait à donner des directives aux informaticiens. J’ai dû constater que leur savoir dépassait de loin le mien. »

Scénario: Raoul Servais
Infographistes: Benoît Razy, Bertrand Breuze
Photographie: Lou Demeyere
Composition musicale: Lucien Goethals
Design sonore: Marina Lerchs
Production: Anagram, Oeil pour Oeil, CRRAV, Studio Le Fresnoy & Fonds Film in Vlaanderen
Interprètes: Marq Rawls & Vlaamse Mimefederatie
Décors: Virginie Bourdin, Marc Brackez
Costumes: Claudine Grinwis Plaat Stultjes


[1] R. SERVAIS, “Les Racines élémentaires de Raoul Servais”, interview Le Soir [En ligne], lesoir.be
[2] R. SERVAIS in edition DVD CINEMATEK
[3] D. DE LAET, Fantastique et S.F. dans le cinéma belge, Ed. Pemey Diffusing, 1996
[4] R.SERVAIS, Interview par Philippe Moins [En ligne], awn.com