Belgique - Identités
From the Branches Drops the Withered Blossom
Déjà s’envole la fleur maigre
Paul Meyer, Belgique 1960
Drame
Une famille italienne en quête d’une vie meilleure vient rejoindre le père, mineur dans le Borinage. Cette arrivée est doublée d’un départ imminent, celui de Domenico, autre mineur italien, qui après 17 ans dans la mine ne pense qu’à rentrer dans son village, car le travail se fait de plus en plus rare. Meyer filme avec poésie, et avec une grande maîtrise du cadre, la mélancolie, la misère mais aussi les joies des familles de mineurs : le premier jour des enfants à l’école, les dimanches festifs, les jeux sur les terrils…
- Réalisation :
- Paul Meyer
- Année :
- 1960
- Pays :
- Belgique
- Interprètes :
- Domenico Mescolini, Valentino Gentili, Luigi Favotto
- Film Format :
- NB
- Durée :
- 84'
- Versions :
-
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Paul Meyer (1920-2007) est né d’un père déporté comme prisonnier politique durant la première guerre mondiale et d’une mère native du Borinage et fille d’un mineur. Dans cette ascendance se lisent les lignes de force de sa vie : l’éducation, l’immigration, l’engagement politique, l’indépendance d’esprit, les mines et le Borinage. Il s’engage, à seize ans, aux côtés des anarchistes dans la guerre d’Espagne puis, de retour au pays, dans la Résistance aux côtés des communistes. Meyer suit ensuite les cours de théâtre et d’architecture à l’Institut de La Cambre à Bruxelles et travaille ensuite à la N.I.R. comme cameraman.
Il réalise son premier documentaire sur l’abbaye de la Cambre en 1955. Vint ensuite Klinkaart (1956), qui décrit le premier jour de travail d’une jeune fille dans une briqueterie. Baignant dans un climat de violence notamment sexuelle, le film fait scandale dans les festivals. Plusieurs documentaires suivront et il est chargé d’une commande du ministère de l’Instruction publique de réaliser un film sur l’adaptation supposée réussie des enfants de travailleurs étrangers à la vie belge. Mais Meyer choisit de suggérer la réalité infiniment plus nuancée d’une région en déperdition économique : Déjà s’envole la fleur maigre (1959), qui ne sera jamais accepté par le commanditaire, et après quelques projections en Belgique et dans des festivals internationaux, le film sombre dans l’oubli. La carrière cinématographique de Meyer se referme et il doit rembourser son film. Il rentre à la R.T.B.F où il poursuit ses enquêtes sociales. C’est l’époque de Meyer le maudit au milieu des années 1960 : ses films sont censurés ou ne sont pas diffusés. Il passe dans les années 1970 à des reportages qui prennent la forme de réflexions et en 1985, est mis à la retraite, contre son gré. Il entame d’autres projets qui restent inachevés et décède en 2007.

« En 1959, Déjà s’envole la fleur maigre ne sortira que brièvement sur les écrans, à Mons et à Bruxelles, retiré de l’affiche par le ministère qui ne voyait pas d’un bon œil un film pouvant agiter les masses alors que le Borinage venait d’être secoué par des grèves âpres. Meyer payera toute sa vie pour rembourser l’argent consenti initialement par l’Instruction publique pour un film court à propos de “ l’adaptation des enfants étrangers en Belgique. ” Sur place, le réalisateur avait découvert autre chose : la stupeur de ceux qui ont quitté leur pays pour se retrouver à présent au bord du gouffre. (...) A l’époque, Meyer n’avait quasiment aucune culture cinéphile, ce qu’il considérait d’ailleurs sans importance. Il a tourné avec de simples mineurs, sans professionnel ou presque. Ce n’est que plus tard, en voyant La terra trema de Visconti qu’il fut frappé par la parenté des deux œuvres. Un film néo-réaliste, Déjà s’envole la fleur maigre? Oui, et surtout un art inégalé du portrait d’inconnus pris sur le vif, déjà sensible dans Klinkaart. (...).
Etonnamment, Déjà s’envole la fleur maigre s’est révélé une météorite sans descendance officielle. Meyer n’a pu continuer dans de bonnes conditions la porte qu’il a ouverte, et ceux qui s’en sont réclamés n’ont – malheureusement – pu en tirer le sel pour eux-mêmes, quand ils n’ont pas cherché à empêcher Meyer lui-même de tourner. Drôle de pays où le culturel obscurcit la mémoire. En 1960, le film est projeté au festival de Porretta Terme, en plein âge d’or du cinéma italien. Les plus grands sont là, dans le jury : Zavattini, Visconti, Rossellini, Antonioni, De Sica, Fellini,… Déjà s’envole la fleur maigre y est salué et remporte le prix de la critique : il apparaît un chaînon manquant de l’histoire italienne, tout autant qu’un phare dans le cinéma mondial et dans la culture ouvrière. Malgré son interdiction à l’époque, le film a continué sa vie, souterraine, et à chaque apparition, des gens étaient là, à Seraing, à Charleroi, en Wallonie, dans des cafés parfois, des hangars, des gens qu’on ne voyait jamais habituellement. C’est que, disait-on, existe un film qui parle enfin d’eux. Et quand la lumière se rallumait, sur les visages, cette même expression d’avoir fait partie ensemble de quelque chose qui nous dépasse. La fleur est maigre. Elle a plié mais personne n’a pu la rompre. » – Emmanuel Massart
















