Magica est une série de courts-métrages éducatifs imaginée par le producteur belge Pierre Levie, explorant les objets optiques et les inventions qui ont précédé la naissance du cinéma. Du thaumatrope au kinétoscope, ces films ressuscitent la magie du pré-cinéma à travers reconstitutions historiques et démonstrations fascinantes.

Magica

Réalisation :
Pierre Levie, Gérald Frydman, Patrick Ledoux, Frédéric Letang
Année :
1978-1985
Pays :
Belgique

Fiche technique

Genre  :
Court, Animation
Préservation digitale :
Digitalisation – 2K

MAGICA

Pierre Levie (1916-2010) est un réalisateur, scénariste et producteur belge. Docteur en droit de l’UCL (Université Catholique de Louvain), il hérite d’une société de films publicitaires[1], ce qui le mène peu à peu sur le chemin du documentaire et du cinéma de fiction. En 1971, alors qu’il était déjà actif dans le monde de la production et qu’il possédait un plateau de tournage et des studios à la Vielle Halle aux Blés[2], il devient le directeur de la société de production Sofidoc[3].

Il réalise les documentaires La Grande Barrière de corail (1969, co-réalisé avec Pierre Dubuisson, Michel De Mevius), L’Université Catholique de Louvain (1960) et Liège et son université (s.d.)[4], ou encore Avec le cirque au Congo Belge (1952).

En tant que producteur, il produit Les Gommes de Lucien Deroisy (1970), Malpertuis (1972) et Monsieur Hawarden (1967) de Harry Kümel, ou encore Préparez vos mouchoirs de Bertrand Blier (1979), entre autres.

Quant à Françoise Levie (1940-), elle est une réalisatrice et productrice belge. Fille de Pierre Levie, elle baigne dans le cinéma depuis son enfance. Sa carrière commence à la RTBF (Radio télévision belge francophone), au service « enquêtes et reportages ». Elle est également productrice chez Sofidoc (la maison de productions de Pierre Levie), avant de fonder sa propre maison, Memento Productions.

Elle réalise principalement des documentaires mêlant fiction, reportages et recherches historiques[5], tel L’Homme qui voulait classer le monde (2002) ou Mata Hari, mythe et réalité d’une espionne (1998).

Grands collectionneurs, Pierre Levie et son épouse ont rassemblé une importante collection d’objets du pré-cinéma[6]. Cette passion l’inspire à réaliser une série de courts-métrages qui s’arrête sur ces objets optiques et l’histoire du cinéma, dans un ton éducatif, reconstituant aussi bien des scènes d’époque que démontrant l’utilisation de ces objets. « On a eu l’idée de faire toute la préhistoire du cinéma en treize épisodes »[7].

Ils ont ensuite fait le lien entre leurs films et leur collection, avec les cinémathèques : « c’était un peu l’époque dans les années 1970, 1975-80, où les musées du cinéma s’équipait donc il fallait expliquer aux gens ce que c’était un thaumatrope, ce que c’était tous ces appareils magnifiques et donc chaque fois, on prenait un extrait de nos films »[8].

Certains objets optiques, mis en scène dans cette série, sont exposés dans le musée de CINEMATEK [lien : visite], et il est même possible de tester le fonctionnement de certains d’entre eux pour les plus curieux !


Merci Monsieur Robertson
Pierre Levie, Patrick Ledoux

Merci Monsieur Robertson

Pierre Levie, Patrick Ledoux, Belgique 1985, Alexandre Von Sivers, Suzy Falk, Catherine Ferrière ⁄ couleur ⁄ 74’ ⁄ V: FR

Patrick Ledoux (1934-2009) est un réalisateur et musicien belge. Il suit originellement une formation pour être publicitaire à l’Institut de la Cambre ainsi qu’une formation en composition et musique[9]. Sa carrière de cinéaste débute en 1957, participant à un concours de scénario organisé par la SABAM (Société belge des auteurs, compositeurs et éditeurs). Il réalise par la suite divers types d’œuvres audiovisuelles, aussi bien documentaires que pour la télévision.

Merci Monsieur Robertson, dans sa version longue, est un film qui regroupe des extraits de l’ensemble des épisodes de la série Magica, ainsi qu’un court métrage signé Patrick Ledoux au sujet du lanterniste belge Etienne-Gaspard Robert (dit Robertson, 1763-1837). Peu de temps après la Révolution française, Robertson présente un nouveau type de spectacle de lanterne : la fantasmagorie[10]. Ces spectacles ont souvent pour thèmes les apparitions et les fantômes (comme leurs noms l’indiquent), parvenant à provoquer un sentiment de surprise et d’effroi aux spectateurs à l’aide de divers trucages[11].

La célèbre séance de Robertson au Couvent des Capucines sert de décor pour le film de Patrick Ledoux. Squelettes, fantômes, revenants… tout est là pour choquer les spectateurs de l’époque[12]. Cependant, une jeune femme ne semble pas apeurée et Robertson va lui présenter divers outils optiques au travers des épisodes des Magica de Pierre Levie.

Le court métrage de Patrick Ledoux recevra deux prix au Festival du cinéma de Bruxelles : prix de la meilleure réalisation et prix d’interprétation à Alexandre Von Sivers, interprète de Robertson. Il obtient également le Premier Prix du court métrage à la XXVIIIe Semaine internationale du Cinéma de Barcelone[13].


La boîte à huit yeux
Pierre Levie, Françoise Levie

La boîte à huit yeux

Pierre Levie, Françoise Levie, Belgique 1978couleur ⁄ 16’ ⁄ V: FR

La boîte à huit yeux met en scène la recréation d’un spectacle de boîte d’optique, alternant entre exemples de vues d’optique et reconstitution de spectacle avec montreur. Apparues au XVIIIe siècle[14], les boîtes d’optiques sont des outils permettant à un public réduit de visionner des images (au contraire des lanternes magiques, qui elles projettent les images pour un nombre plus conséquent de spectateurs)[15].

Il existe plusieurs types de boîtes d’optiques : des petites, des grandes, à vues simples ou à vues multiples (par exemple la version à 8 lentilles visible dans le film), avec effets diurnes/nocturnes, avec une seule image ou plusieurs[16]. Il y a plusieurs modes de fonctionnement possible pour les boîtes d’optiques en fonction de leurs types, mais toutes possèdent une gravure placée dans la boîte – soit au fond, soit visible grâce à un miroir – et certaines permettent d’en faire défiler plusieurs grâce à une ficelle. Des clapets en haut ou à l’arrière de la boîte permettent de provoquer les effets de lumière et d’alternance entre jour et nuit sur la gravure[17].

Ces objets s’adressaient surtout à un public populaire et analphabète, lui donnant ainsi accès à l’information, aux divers sujets d’actualités (les nouvelles constructions, les pays lointains ou encore les guerres et catastrophes[18]). Le film nous donne d’ailleurs à voir une série de vues optiques couvrant ces sujets : des images de villes du monde, comme Paris, Venise, Constantinople (Istanbul), mais aussi de catastrophes comme un tremblement de terre en Italie, la peste de 1720 à Marseille, une inondation à Vienne, l’incendie de New-York en 1776 et de la foire Saint-Germain en 1762, ….


Joseph Plateau
Pierre Levie, Françoise Levie

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Joseph Plateau

Pierre Levie, Patrick Ledoux, Belgique, France 1984, Robert Roanne, Pierre Laroche, Suzy Falk ⁄ couleur ⁄ 12’ ⁄ V: FR

Joseph Plateau se concentre autour de la figure du physicien belge Joseph Plateau (1801-1883) et son invention : le phénakistiscope. Fils de peintre, Plateau est diplômé en Philosophie et Lettres, en Droit mais surtout en Sciences physiques et mathématiques de l’Université de Liège en 1824. Il devient professeur de physique, et s’intéresse particulièrement à la persistance rétienne[19].

Dès 1827, Plateau se met à faire des expériences autour de ce concept. En s’inspirant des travaux du chevalier d’Arcy sur le sujet, il tente à son tour de calculer la durée de cette persistance des images sur la rétine, arrivant à un résultat de 34/100e (en réalité, la persistance est de 1/10e) de seconde, à l’aide d’un disque de carton noir et le dessin d’une couronne[20]. Il conçoit un premier appareil optique en 1828, l’anorthoscope[21], avant de créer en 1932 le phénakistiscope[22].

Son invention s’inspire principalement des « roues » de Faraday, utilisant le même système d’encoches. Mais la particularité de cet objet optique que Plateau met au point est qu’il permet de capturer le mouvement : en effet, grâce à un miroir et un disque double face à fentes, l’une face étant noire et faisant face au spectateur, l’autre affiche les différentes étapes du mouvement décomposées en 16 étapes, le long du disque, et faisant face au miroir, permet en effet d’animer le dit mouvement une fois le disque mis en activité[23].


La Photographie
Gérald Frydman

La Photographie

Gérald Frydman, Belgique, France 1983 ⁄ couleur ⁄ 6’ ⁄ V: NO DIALOGUE – ST:FR

Gérald Frydman (1942-) est un réalisateur et producteur belge. Il commence par suivre des cours de mathématiques à l’Université, où il découvre le « séminaire libre de cinéma », qui le lance sur le chemin du 7e art. Il suit alors une formation du cinéaste à l’IAD (Institut des Arts de Diffusion), où il sera notamment l’assistant d’André Cavens. Une fois diplômé, il ne se tourne par vers le cinéma mais réalise des romans-photos, notamment en collaboration avec le cinéaste Richard Olivier et devient scénariste de bande dessinée, créant, entre autres, Sergent Laterreur, avec le dessinateur Touïs. C’est par le biais d’animations photos conçues pour la RTBF (Radio-Télévision belge de la Communauté française) et l’ORTF (Office de radiodiffusion-télévision française), qu’il débute sa carrière de cinéaste, principalement dans l’animation et le court-métrage. En 1981, il crée l’Atelier Alfred, un atelier de formation au cinéma pour jeunes cinéastes et subventionné par la Communauté française[24].

La Photographie met en scène, en animation, les débuts de la photographie ainsi que l’avènement des nouvelles technologies. Les premiers pas de la photographie sont illustrés par une famille immobile, qui attend que le cliché se fasse. « En 1840, début de l’ère des machines, il fallait 5 minutes 30 secondes pour prendre une photographie »[25]. Il faudra encore attendre quelques années avant que le processus se rapproche de l’instantané que nous connaissons aujourd’hui[26]. Seuls les bruits des aiguilles d’une horloge viennent troubler la prise de la photo, indiquant le temps qui passe. Cette longue attente pour le cliché est troublée par une société très mécanique et technologique, faisant référence au film Metropolis de Fritz Lang (1927)[27]. Le film est notamment sélectionné pour le Festival d’Annecy en 1983[28].


Les Lanternes vraiment magiques
Pierre Levie, Françoise Levie

Les Lanternes vraiment magiques

Pierre Levie, Françoise Levie, Belgique, 1985couleur ⁄ 14’ ⁄ V: FR

Les lanternes vraiment magiques rappelle très brièvement l’histoire de la lanterne magique, de sa désuétude à son retour en grâce sous la Révolution française. Au XIXe siècle, la lanterne magique est un outil populaire et familial.

Le film prend la forme d’une petite fiction, mettant en scène des enfants qui répètent des spectacles de lanternes de magiques entre eux, nous faisant découvrir ainsi les objets, les plaques ainsi que leur fonctionnement et le déroulement d’un spectacle. Les enfants présentent tour à tour une petite histoire et organisent un concours devant leur famille. On y retrouve les récits fameux de Cendrillon, les Infortunes de Touche-à-tout, mais aussi des histoires plus anecdotiques : un meunier et son âne, une dame et son chien, ou des gardes dans un camp militaire.

certaines scènes peuvent heurter la sensibilité des plus jeunes (morts d’animaux violentes)


Emile Reynaud
Pierre Levie

Emile Reynaud s’intéresse au photographe et inventeur Emile Reynaud (1844-1918), ainsi que son invention, le praxinoscope. Fils d’ingénieur, Emile Reynaud commence à s’intéresser très jeune à la mécanique et aux nouvelles technologies. Dont la photographie, avec laquelle il commence à expérimenter dès 1862[1].

Inspiré par un article sur les objets optiques paru dans le magazine La Nature en 1876, Reynaud prend exemples sur les inventions de Joseph Plateau (le phénakistiscope) et de William Horner (le zootrope) pour créer sa propre invention optique : le praxinoscope [2]. Du grec praxis, « action » et scopeo « je regarde », le praxinoscope fonctionne de façon assez similaire à ses ancêtres. Cependant, Reynaud trouve une façon de voir l’image sans obstructions à l’aide de miroirs. Le centre de l’appareil, une série de petits miroirs sont disposés face vers la couronne circulaire qui forme l’objet, qui elle est dotée d’une scène de 12 dessins (1 par miroir) qui déclinent les différentes étapes d’une action. Activée par la force de la main ou d’une manivelle, une fois en mouvement, le spectateur peut voir la figure s’animer, sans que sa vision ne soit obstruée par des fentes. L’autre innovation de cet objet optique est qu’il permet d’être utilisé par plusieurs personnes en même temps, ainsi que de nuit, à l’aide d’une bougie et d’un abat-jour [3].

En 1879, il développe le praxinoscope théâtre, qui donne l’impression de regarder une pièce de théâtre [4], et en 1892, il présente pour la première fois son « théâtre optique », dont il se servira pour créer un spectacle, les « Pantomimes lumineuses », joué pendant 8 ans (1892-1900) au Musée Grévin [5]. Enorme succès, il réalise environ sept petits spectacles durant cette période, mais seulement deux survivent aujourd’hui, Pauvre Pierrot et Autour d’une cabine [6].


L’Odyssée des panoramas
Pierre Levie

L’Odyssée des panoramas

Pierre Levie, Belgique, France, 1984 ⁄ couleur ⁄ 14’ ⁄ V: FR

L’Odyssée des panoramas se penche sur l’histoire des panoramas peints. Robert Barker (1739-1806) propose en 1787 un premier brevet pour une peinture à 360° dans le but de montrer un point de vue, comme si le spectateur y était[35]. En 1821, Thomas Hornor (1785-1844) pousse le projet plus loin en installant un atelier de dessin en haut des échafaudages lors de la restauration de la cathédrale Saint Paul à Londres[36]. Il se rend alors compte qu’il pourrait créer une grande œuvre cumulant tous ces dessins, et commande la construction d’un grand bâtiment circulaire, capable d’exposer une grande toile circulaire, le Colosseum[37].

Bien que le Colosseum n’eut pas le succès attendu par son créateur, la mode des panoramas – ou cycloramas – est lancée. Il en existe aussi bien en Europe qu’aux États-Unis, les sujets de prédilections étant la guerre, la religion, ou les paysages. Le film aborde d’ailleurs la restauration de certains de ces panoramas par Gustav Berger, dont celui de la bataille d’Atlanta[38] et le panorama de Versailles (du peintre à John Vanderlyn)[39]. Le film propose également d’autres exemples de panoramas, comme celui de la Bataille de Waterloo de Louis-Jule Dumoulin (1912), de la Bataille de Champigny d’Alphonse Neuville et Edouard Detaille (1880-1882), de la Bataille de Gettysburg de Paul Philippoteaux (1884), du Siège de Sébastopol de Franz Roubaud (1904), du général Bourbaki à Lucerne d’Edouard Castres (c.1881), ainsi que le panorama Mesdag de la plage de Schéveningue d’Hendrik Willem Mesdag (1880-1881) et celui de la ville de Thoune (ou Panorama Wocher) de Marquard Wocher (1809-1814).


Le Cheval de fer
Gérald Frydman

Le Cheval de fer

Gérald Frydman, Belgique, 1984 ⁄ couleur ⁄ 7’ ⁄ V: NO DIALOGUE INTERTITRES: FR

Gérald Frydman (1942-) est un réalisateur et producteur belge. Il commence par suivre des cours de mathématiques à l’Université, où il découvre le « séminaire libre de cinéma », qui le lance sur le chemin du 7e art. Il suit alors une formation du cinéaste à l’IAD (Institut des Arts de Diffusion), où il sera notamment l’assistant d’André Cavens. Une fois diplômé, il ne se tourne par vers le cinéma mais réalise des romans-photos, notamment en collaboration avec le cinéaste Richard Olivier et devient scénariste de bande dessinée, créant, entre autres, Sergent Laterreur, avec le dessinateur Touïs. C’est par le biais d’animations photos conçues pour la RTBF (Radio-Télévision belge de la Communauté française) et l’ORTF (Office de radiodiffusion-télévision française), qu’il débute sa carrière de cinéaste, principalement dans l’animation et le court-métrage. En 1981, il crée l’Atelier Alfred, un atelier de formation au cinéma pour jeunes cinéastes et subventionné par la Communauté française[40].

Le cheval de fer raconte le moment clé dans l’histoire du cinéma – et de la photographie – où la chronophotographie et le zoopraxiscope voient le jour. Frydman choisit de mettre en scène la figure de Eadweard Muybridge, engagé par Leland Stanford – patron de la Central Pacific Railway et 8e gouverneur de Californie – après un pari concernant l’allure du cheval au galop. Le film retrace les différentes expériences réalisées par Muybridge pour parvenir à capter de façon nette un cheval en mouvement. Frydman fait à nouveau appel à son ami Claude Lambert pour les dessins, à la suite de leur collaboration sur son précédent film, Agulana.

Le film s’inscrit dans la série de courts-métrages, intitulée Magica, sur les débuts du cinéma imaginée par le producteur belge Pierre Levie, qui collectionnait les objets du pré-cinéma[41]. Il s’agit en réalité de la deuxième collaboration de Frydman avec Levie pour cette série, ayant déjà réalisé un premier épisode en 1983, La Photographie.

Troisième participation à Cannes, Le Cheval de fer repart avec la Palme d’Or du court métrage à la 37e édition du festival, en 1984. A l’instar de Agulana, primé aussi à Cannes en 1976 et qui accompagnait dans les salles belges la Palme d’or Taxi Driver de Martin Scorsese, Le Cheval de fer sort en salle en Belgique en même temps que Paris, Texas, de Wim Wenders, Palme d’or 1984.


La Mémoire de l’œil E.J. Marey
Pierre Levie

La Mémoire de l’œil E.J. Marey

Pierre Levie, Belgique, 1986 ⁄ couleur ⁄ 12’ ⁄ V: FR

La Mémoire de l’œil E.J. Marey s’intéresse au physiologiste et scientifique français Etienne-Jules Marey (1830 - 1904), inventeur du fusil photographique et de la chronophotographie. Similairement aux travaux de Eadweard Muybridge, dont il s’inspire pour ses propres travaux[42], Marey décompose le mouvement à travers la photographie. La chronophotographie permet en effet de créer une série de clichés à une certaine fréquence d’un corps en mouvement, avec un rendu qui juxtapose chacune des étapes[43].

Pour permettre la réussite de cette expérience, Marey impose un intervalle rigoureux entre chaque cliché, instaurant une méthode scientifique. Il participe à la fois à la représentation du mouvement via la photographie, mais aussi au développement du cinéma[44]. Cependant, étant donné que les images de Marey se superposent, de nos jours elles conservent plutôt un aspect esthétique que scientifique[45]. Le film reconstitue d’ailleurs sa méthode, recréant les diverses étapes de sa recherche, avec à l’appui des photographies semblables à celles qu’aurait réalisées Marey à son époque.


Une invention sans avenir
Daniel Schelfthout

Une invention sans avenir: Thomas Edison

Daniel Schelfthout, Belgique, 1985 ⁄ couleur - NB ⁄ V: FR-EN

Daniel Schelfthout est un animateur, dessinateur et sculpteur belge (1947) originaire de Bruges[46]. Il étudie l’animation à l’Académie de Gand[47]. Réalisateur de films d’animation, il est récompensé à deux reprises du festival d’Annecy, ainsi que du festival de Chicago[48]. Il est principalement connu pour avoir réalisé le film Ego (1973), primé à Annecy[49].

Film d’animation, Une invention sans avenir raconte la période de transition entre le pré-cinéma et l’avènement du film, avec un intérêt particulier pour la figure de l’inventeur américain Thomas Edison (1874-1931). Souvent considéré comme le père du cinéma moderne, il est en tout cas l’inventeur du kinétoscope, le premier objet permettant de voir de la pellicule. Dédié à uniquement un seul spectateur à la fois, celui-ci peut visionner un court film au travers d’une petite ouverture et d’une manivelle[50]. Edison sera également le premier à créer un studio de cinéma, le Black Maria[51].

Le film s’arrête sur les inventeurs emblématiques du cinéma moderne et leurs inventions : Etienne-Jules Marey, Emile Reynaud, mais aussi Léon Bouly (1872-1932) qui invente le terme cinématographe, Ottomar Anschütz (1846-1907) et l’éléctrotachyscope, Georges Demenÿ (1850-1917) et le phonoscope, Louis Le Prince (1841-1890) et son brevet pour une machine à 16 objectifs et 2 bandes films, ainsi que le photographe William Friese-Greene (1855-1921). Sans oublier évidement les frères Lumière !


Les Babies de Charles Pathé
Pierre Levie

Les Babies de Charles Pathé

Pierre Levie, Belgique, 1986 ⁄ couleur  - NB ⁄ 12’ ⁄ V: FR

Les Babies de Charles Pathé s’arrête sur l’histoire du Pathé-Baby, projecteur de petit format commercialisé par la compagnie Pathé. En 1912, les frères Pathé introduisent le premier modèle de cinéma amateur-maison, le « Pathé Kok », qui utilisait une pellicule 28mm. Bien que bien reçu par le public, les Pathé s’en désintéressent rapidement, le jugeant trop proche du 35mm, et décident de créer un système plus petit : le Pathé-Baby, petit projecteur à pellicule 9.5mm, commercialisé dès 1922[52]. Ce projecteur devient un outil de divertissement prisé, par sa simplicité d’utilisation et sa taille, permettant de diffuser des films chez soi. L’année suivant, les frères Pathé commercialisent la caméra, permettant la réalisation de films amateur et de famille[53].

En plus du projecteur, les frères Pathé proposent un premier catalogue de 194 films à projeter, chaque bobine mesurant 10 mètres pour environ 2 minutes de projection[54].

Fort de son succès, le catalogue de films va se diversifier, offrant des adaptations des films projetés dans des salles classiques de cinéma, mais aussi des petits films d’actualités, les « Pathé-Gazette », des films éducatifs, … Le Pathé-Baby permet également l’essor du cinéma érotique et pornographique[55]. Et il est possible de retrouver de grands classiques du cinéma muet, comme Metropolis de Fritz Lang (1927) ou La Roue d’Abel Gance (1923) dans ce format.


Zootropomania
Pierre Levie

Zootropomania

Pierre Levie, Belgique, 1983 ⁄ couleur  ⁄ 7’ ⁄ V: FR

Zootropomania se penche sur l’invention de l’anglais William G. Horner (1789-1837)[57], le zootrope (1835)[58]. Cousin du phénakistiscope et ancêtre du praxinoscope, le zootrope consiste en un cylindre, dont les parois noires sont dotées de fentes à distances égales l’une de l’autre, et dont la partie inférieure interne est dotée d’une bande d’images, développant les différentes étapes d’un mouvement. Le cylindre est monté sur une tige, permettant de le faire tourner. Une fois positionné devant les fentes, le spectateur peut alors apercevoir les images en mouvement[59].

Le film met surtout en scène divers exemples de zootrope, réanimant les images sans l’obstruction des fentes, proposant aussi des montages regroupant plusieurs de ces dessins et motifs. Les sujets sont très variés : des trains, des machines, des forgerons au travail, des automates, des scènes de cirque, des chanteurs d’opéra caricaturés, des animaux, des diablotins, …. Le film montre également le fonctionnement de l’outil en lui-même. Le film a participé aux 7e Journées du court-métrage Média 10/10 de Namur en novembre 1984[60].


Thaumatropes
Pierre Levie, Frédéric Letang

Thaumatropes

Pierre Levie, Frédéric Letang, Belgique, 1984 ⁄ couleur ⁄ 7’ ⁄ V: FR

Thaumatropes présente le jouet optique du même nom attribué au docteur anglais John Ayrton Paris. Et c’est d’ailleurs le personnage de son livre Philosophy in Sport made Science in Earnest (1827)[61], Tom Seymour, qui est mis en scène dans le film.

Le thaumatrope est un jouet optique composé d’un disque à deux faces, chacune affichant un dessin différent (un oiseau et une cage, par exemple). Deux cordelettes permettent de faire tourner le disque rapidement, ce qui crée une troisième image (un oiseau en cage) grâce à un principe scientifique déjà connu : la persistance rétienne. Il s’agit d’un processus selon lequel une image reste « imprimée » sur la rétine de l’œil pendant quelques fractions de secondes, ce qui, dans le cas du thaumatrope, permet de « voir » la troisième image, combinant les deux premières[62].

Le thaumatrope a cependant une origine plus complexe que celle-ci. Bien qu’attribué à Paris, celui-ci ne l’a probablement que commercialisé. Deux autres scientifiques du XIXe siècle aurait également créé des objets similaires, lors d’un défi entre Charles Babbage et John Herschel[63]. Il existe également des traces de prototypes du thaumatrope dès le paléolithique, avec une perforation centrale au lieu de sur les extrémités du disque[64].

En plus de montrer tout une série d’exemples de divers thaumatropes, le film propose aussi des animations basées sur des thaumatropes. C’est également ce qu’a tenté l’ingénieur britannique Thomas Bickle, qui crée un thaumatrope mécanique, donnant cette fois réellement l’impression de mouvement, et non pas une simple surimposition de deux images[65]. Le film a été sélectionné pour les journées du court-métrage du Festival Média 10/10 de Namur en novembre 1984[66].


[1] P. LEVIE, « Pierre Levie, porte-cœur de Lucien Deroisy », in R. OLIVIER, Big Memory, Les Impressions Nouvelles, 2011, p. 204 ; F. BOLEN, « De quelques producteurs, des vrais », Ciné-Dossiers n°62, juin 1977, pp. 13.
[2] Idem.
[3] J.-M. VLAEMINCKX, « Sofidoc a la cinquantaine”, Cinergie.be, Cinergie.be
[4] R. MICHELEMS, « Levie, Pierre », in AUBENAS, J., Dic doc. Le dictionnaire du documentaire, Communauté française de Belgique, Bruxelles, 1999., p. 277.
[5] D. LEGRAND, « Levie Françoise », in, J. AUBENAS, Dic doc. Le dictionnaire du documentaire, Communauté française de Belgique, Bruxelles, 1999, p. 275.
[6] L. EGGERICX, “Cinéma et objets divers : passion d’un couple », Le Soir, 1 février 2007.
[7] J.-M. VLAEMINCKX, « Sofidoc a la cinquantaine”, Cinergie.be, Cinergie.be
[8] A. LANCKMANS, J.-M. VLAEMINCKX, “Pierre Levie, grand monsieur du cinéma belge », Cinergie.be, Cinergie.be
[9] P. LEDOUX, « Patrick Ledoux » - Archives CINEMATEK. 
[10] L. MANNONI, Le grand art de la lumière et de l’ombre op.cit., p. 136.
[11] L. MANNONI, Le grand art de la lumière et de l’ombre op.cit., p. 135.
[12] R. MICHELEMS, « Merci Monsieur Robertson », in M. THYS, Belgian Cinema – Le cinéma belge – de Belgische cinema, Ludion – Cinémathèque Royale de Belgique, Gand-Amsterdam – Bruxelles, 1999, p. 726.
[13] s.n., « Un court métrage belge primé à l’étranger », La Libre Belgique, 30 juillet 1986.
[14] Films Belges t. 2, Ministère des Affaires Etrangères, Bruxelles, 1986, p. 78.
[15] L. MANNONI, Le grand art de la lumière et de l’ombre. Archéologie du cinéma, Nathan, Paris, 1994, p.88.
[16] L. MANNONI, « Boîte d’optique », Catalogue des appareils cinématographiques de la cinémathèque française et du cnc, www.cinematheque.fr
[17] Ibid.
[18]Ibid.
[19]P. DUBOIS, « La thèse de l’Université de Liège de mai 1829 », in DUBOIS, P., ARNOLDY, E., Ca tourne depuis cent ans. Une histoire du cinéma francophone de Belgique, Communauté française de Belgique - Wallonie-Bruxelles, Bruxelles, 1995, p.16.
[20] J. BRISMEE, « Joseph Plateau et la persistance des impressions lumineuses », in DUBOIS, P., ARNOLDY, E., Ca tourne depuis cent ans. Une histoire du cinéma francophone de Belgique, Communauté française de Belgique - Wallonie-Bruxelles, Bruxelles, 1995, p. 14.
[21] Pour l’explication de cet outil optique, cf. L. MANNONI, Le grand art de la lumière et de l’ombre. Archéologie du cinéma, Nathan, Paris, 1994, pp. 198-201.
[22] L. MANNONI, Le grand art de la lumière et de l’ombre. Archéologie du cinéma, Nathan, Paris, 1994, p. 198.
[23] J. BRISMEE, op.cit, p. 15.
[24] F.R., « Créer un scénario de film aux Ateliers Alfred », Le Soir, 27 juillet 1986.
[25] Phrase de clôture du film.
[26] L. GEVART, « Aux origines de la photographie : une folle course à l’innovation », Beaux Arts, www.beauxarts.com
[27] Films Belges. t.2, Ministère des Affaires Etrangères, Bruxelles, 1986, p. 73.
[28] ANNECY FESTIVAL, Sélection officielle 1983, fiche film, www.annecyfestival.com
[29] G. MYRENT, « Emile Reynaud : First Motion Picture Cartoonist”, Film History 3 (3), 1989, p. 191.
[30] Ibid., p. 193.
[31] L. MANNONI, Le grand art de la lumière et de l’ombre. Archéologie du cinéma, Nathan, Paris, 1994, pp. 342-343.
[32] G. MYRENT, op.cit., p. 193.
[
33] L. MANNONI, « Reynaud, Emile », in R. ABEL, Encyclopedia of Early Cinema, Routledge, Londres – New-York, 2005, pp. 551-552.
[34]Ibid, p. 552.
[35] W. URICCHIO, « A « Proper Point of View” : the panorama and some of its early media iterations”, Early Popular Visual Culture 9(3), 2011, p. 226.
[36] R. KOECK, « 19th C. Panoramic Precision. The Colosseum of Hornor and Parris”, in R. KOECK, The Art of Spatial Illusion. Immersive Encounters between People, Media, and Place, Routledge, Londres – New-York, 2025, p. 51, 53.
[37] Ibid, p. 56.
[38]ATLANTA HISTORY CENTRE, « FAQs on Atlanta History Center’s Move on The Battle of Atalanta Cyclorama painting”, www.atlantahistorycenter.com [PDF]
[39] K.J. AVERY, P.L. FODERA, John Vanderlyn’s Panoramic View of the Palace and Gardens of Versailles, The Metropolitan Museum of Art, New-York, 1988, p. 38.
[40] F.R., « Créer un scénario de film aux Ateliers Alfred », Le Soir, 27 juillet 1986.
[41] D. BOURAS, J.-M. VLAEMINCKX, « Cannes-Gérald Frydman », Cinergie.be [En ligne], Cinergie.be
[42] R. ABEL "Marey, Etienne-Jules", in R. ABEL; Encyclopedia of Early Cinema, Routledge, op.cit., 413. 
[43] M. TORTAJADA, « L’instantané cinématographique : relire Etienne-Jules Marey », Cinémas. Revue d’études cinématographiques 21(1), 2010, p. 134.
[44] T. GUNNING, « The Invention of Cinema”, in R. KING, C. KEIL, The Oxford Handbook of Silent Cinema, Oxford University Press, Oxford, 2024, p. 24.
[45] Ibid, p. 23.,
[46] J.-P. VAN ROSSEM, « Humo sprak met animatiefilmer Daniel Schelfthout”, Humo, s.d., p.34. 
[47] s.n., "Ego (1973)", in DAVAY, P., DANCKAERTS, F., 1970-1980, 10 ans de cinéma belge - 1970-1980, 10 jaar Belgische film, Europalia 80 Belgique, Bruxelles, 1980, p. 96.
[48] J.-P. VAN ROSSEM, op.cit, p. 34.
[49] « Palmarès 1973, fiche film. Ego”, Annecy Festival,  www.annecyfestival.com
[50] « The Kinetoscope », American Society of Cinematographers, theasc.com
[51] P. SPEHR, « Edison, Thomas Alva », in ABEL, R., Encyclopedia of Early Cinema, Routledge, Londres, 2005, p. 203. 
[52] A. SCHNEIDER, « Time travel with Pathé Baby : The small-gauge film collection as historical archive », Film History : An International Journal 19 (4), 2007, p. 355 ; Fondation Jérôme Seydoux-Pathé, « Pathé-Baby. Le cinéma chez soi » [dossier de presse], www.fondation-jeromeseydoux-pathe.com [PDF] , p. 1.
[53] Fondation Jérôme Seydoux-Pathé, ibid., pp. 1, 4, 10 ; A. SCHNEIDER, ibid., p. 354..
[54] Fondation Jérôme Seydoux-Pathé, op.cit., p.5.
[55] Ibid., p. 10. 
[56] P. LEVIE, « Lettre au Service du Cinéma du Ministère des affaires économiques », 12 novembre 1987 [Archives famille Levie].
[57] R. L. GREGORY, « Our forgotten genius : W.G. Horner”, Perception 19, 1990, p. 2.
[58] B. GAUTHIER, Histoire du cinéma américian, Hachette Education, Paris, 2007, p.178.
[59] S. HERBERT, « From Daedaleum to Zoetrope”, The Wheel of Life, web.archive.org
[60] J.-L. FRANCOIS, R. SBILLE, « Certificat de participation » [Archives famille Levie].
[61] T. GUNNING, “Hand and Eye : Excavating a New Technology of the Image in the Victorian Era”, Victorian Studies 54 (3), 2012, p. 500.
[62] R.J. LESKOSKY, “Two-State Animation : The Thaumatrope and its Spin-offs”, Animation Journal 2 (1), Automne 1993, p. 24. 
[63] T. GUNNING, “Hand and Eye : Excavating a New Technology of the Image in the Victorian Era”, Victorian Studies 54 (3), 2012, p. 498; R.J. LESKOSKY, “Two-State Animation : The Thaumatrope and its Spin-offs”, Animation Journal 2 (1), Automne 1993, p. 22.
[64] M. AZEMA, F. RIVERE, “Animation in Palaeolithic art : a pre-echo of cinema”, Antiquity 86, 2012, pp.322.
[65] R.J. LESKOSKY, “Two-State Animation : The Thaumatrope and its Spin-offs”, Animation Journal 2 (1), Automne 1993, p. 26.
[66] J.-L. FRANCOIS, R. SBILLE, « Certificat de participation » [Archives famille Levie].