Portrait - Identités - De la page à l’écran
Benvenuta
André Delvaux, Belgique, France, Italie 1983
Drame, Fiction
« Je voulais faire un film qui rencontre un écho chez chacun. De là l’idée d’aborder franchement l’amour ».[1] « Dans ce film, je pense avoir atteint une forme de « réalisme magique » particulièrement aboutie. En ce qui me concerne, ce pourrait être mon ultime film ».[2] – André Delvaux
- Réalisation :
- André Delvaux
- Année :
- 1983
- Pays :
- Belgique, France, Italie
- Interprètes :
- Fanny Ardant, Vittorio Gassman, Françoise Fabian
- Film Format :
- couleur
- Durée :
- 106'
- Versions :
-
V : FR ⁄ ST : —
V : FR ⁄ ST : FR & NL
André Delvaux (1926-2002) est un réalisateur belge. Il suit des études de philologie germanique et en droit à l’ULB (Université Libre de Bruxelles) et suit aussi une formation de pianiste et composition au Conservatoire royal de Bruxelles. Avant de se consacrer au cinéma, il commence sa carrière comme professeur d’anglais et néerlandais[3] et devient en parallèle accompagnateur au piano des films muets diffusés aux projections organisées par l’Ecran du séminaire des arts (futur Musée du cinéma de la Cinémathèque Royale de Belgique)[4]. Il réalise son premier film en 1953, un court-métrage de commande en collaboration avec Jean Brismée, Forges[5]. Durant sa carrière d’enseignant, il crée des ateliers cinématographiques pour ses élèves, avec qui il réalisera trois courts-métrages, Nous étions Treize (1956), Two Summer Days (1959) et Yves boit du lait (1960).
Outre ces quelques courts-métrages, Delvaux réalise également quelques œuvres documentaires, commandées par les réseaux de télévision belge. Il réalise ainsi un portrait du réalisateur italien Federico Fellini, Fellini (1960), un portrait sur Jean Rouch, Jean Rouch (1962), ainsi qu’une série documentaire sur le cinéma polonais, notamment sur le réalisateur Andrzej Wajda, intitulée Cinéma polonais (1964), entre autres. En 1962, il est le co-fondateur de l’INSAS, Institut Supérieur des Arts, et y devient chargé de cours dès 1963. Son premier long métrage de fiction, l’Homme au crâne rasé (1965) remporte rapidement une reconnaissance à l’internationale : « mon film a été pris en main, internationalement, puis il est revenu en Belgique, où on a réalisé qu’un cinéma de fiction était donc possible chez nous »[6]. Porte-parole du courant du « réalisme magique », Delvaux – en comptant son premier film – ne réalise au total que 6 longs métrages de fiction, Un soir, un train (1968), Rendez-vous à Bray (1971), Belle (1973), Femme entre chien et loup (1979), Benvenuta (1983), et L’œuvre au noir (1988). La grande majorité de ses œuvres sont des adaptations littéraires d’auteurices comme Johan Daisne, Julien Gracq, Suzanne Lilar ou encore Marguerite Yourcenar. Il faut également mentionner Babel Opéra ou la répétition de Don Juan (1985), sorte de fiction documentaire, mêlant personnages fictionnels et répétitions de l’opéra Don Giovani de Mozart au Théâtre Royal de la Monnaie, dirigé par Sylvain Cambreling et dont la mise en scène est signée Karl Ernst Hermman[7].

Benvenuta est inspiré du roman La Confession anonyme (1960) de la romancière belge Suzanne Lilar. François, scénariste, va rencontrer Jeanne, romancière pour adapter son roman au cinéma. Le roman met en scène l’histoire d’amour de deux personnages, Benvenuta, une pianiste gantoise et Livio, un magistrat napolitain. A travers ce double couple de personnages, Delvaux instaure un jeu de miroir entre eux : « Je cherchai un procédé d’écriture qui me permette de pénétrer dans l’univers intériorisé de Benvenuta. Finalement, j’ai découvert ce moyen : il s’agissait de dédoubler le couple Benvenuta-Livio et de créer ainsi un récit-miroir »[8]. Le film, et cette relation scénariste- romancière fait également écho à la relation scénariste-romancière d’André Delvaux et Suzanne Lilar[9].
Benvenuta reçoit le Prix de la Ville de Bruxelles ainsi que Prix du meilleur film belge en 1983[10]. Le film reçoit également Le film reçoit le prix spécial du Festival des Films du Monde de Montréal en 1983[11] ainsi que le grand prix de l’Efebo d’Oro en 1985[12]. Thierry Bonnaffé a également réalisé un court documentaire sur le making-off du film, ayant filmé sur le tournage de Benvenuta[13].
[1] M. GRODENT, « André Delvaux : la mystique du cinéma et le cinéma de la mystique », Le Soir, 17 septembre 1983.
[2] E. VAN HEER, P. DUYNSLAEGHER, “Delvaux : l’indépendance à tout prix », Cahier du Vif/L’Express n°3, 31 décembre 1993-6 janvier 1994, pp. 6-7.
[3] P. DAVAY, F. DANCKAERT, 1970-1980, 10 ans de cinéma belge, Europalia 80 Belgique, Bruxelles, 1980, p. 14.
[4] D. NASTA, A. LACHAPELLE, « Delvaux André », Nouvelle Biographie nationale t.12, Académie Royale des sciences, des lettres et des beaux-arts de Belgique, Bruxelles, 2014, p. 99.
[5] Ibid (nasta).
[6] L. DANVERS, « André Delvaux ou les chemins de la beauté » Le Vif/L’Express, 30 août 2002, p. 65.
[7] J. AUBENAS, « Babel opéra ou la répétition de Don Juan », in
M. THYS, Belgian Cinema – Le cinéma belge – de Belgische cinema,
Ludion – Cinémathèque Royale de Belgique, Gand-Amsterdam – Bruxelles,
1999, p.716.
[8] Th. LOUIS, « Rencontré A. Delvaux, auteur-réalisateur de ‘Benvenuta’ », La Libre Belgique, 7 septembre 1983.
[9] F.SOJCHER, La kermesse héroïque du cinéma belge. Le miroir déformant des identités cutlurelles 1965-1988, t.2, L’Harmattan, Paris, 1999, p. 24.
[10] S.n., « André Delvaux primé par la ville de Bruxelles », Le Soir, 9 décembre 1983.
[11] S.n., «Palmares du Festival de Montreal », Le Quotidien de Paris, 30 août 1983 ; s.n., « André Delvaux et Chantal Akerman au Festival de Montréal », La Libre Belgique, 19 août 1983.
[12] EFEBOD’ORO, Editions, www.efebodoro.it.
[13] S. PIALEPRAT, « Benvenuta d’André Delvaux », Cinergie.be, www.cinergie.be.












