« [Les meubles] s’attaquent aux gens, on ne sait pas très bien pourquoi. Et la ville change progressivement, elle devient en bois massif. Le bois envahit la ville et l’étouffe. Il prend les gens dans d’immenses poutres et dans des blocs qui finissent par s’enchevêtrer. (…) Pourquoi ? On ne le saura pas » – Gérald Frydman[1]
- Réalisation :
- Gérald Frydman
- Année :
- 1975
- Pays :
- Belgique
- Film Format :
- couleur
- Durée :
- 15'
Gérald Frydman (1942-) est un réalisateur et producteur belge. Il commence par suivre des cours de mathématiques à l’Université, où il découvre le « séminaire libre de cinéma », qui le lance sur le chemin du 7e art. Il suit alors une formation du cinéaste à l’IAD (Institut des Arts de Diffusion), où il sera notamment l’assistant d’André Cavens. Une fois diplômé, il ne se tourne par vers le cinéma mais réalise des romans-photos, notamment en collaboration avec le cinéaste Richard Olivier et devient scénariste de bande dessinée, créant, entre autres, Sergent Laterreur, avec le dessinateur Touïs. C’est par le biais d’animations photos conçues pour la RTBF (Radio-Télévision belge de la Communauté française) et l’ORTF (Office de radiodiffusion-télévision française), qu’il débute sa carrière de cinéaste, principalement dans l’animation et le court-métrage. En 1981, il crée l’Atelier Alfred, un atelier de formation au cinéma pour jeunes cinéastes et subventionné par la Communauté française[2].

Troisième court-métrage de Frydman, Agulana « est intitulé d’après le nom du village espagnol, Agullana, dans lequel je travaillais avec le dessinateur qui, lui, vivait là. J’ai été très influencé par ce que j’y voyais : les forêts, les estaminets avec leurs tables et leurs chaises, où le bois prend le pouvoir. Ensuite, je me suis rendu compte que je faisais allusion à mon enfance : un régime totalitaire, la déportation de ma famille… Tout cela est revenu malgré moi »[3]. En effet, alors que les habitants sont fascinés par une représentation du Requiem de Verdi, des objets en bois commencent peu à peu à prendre possession de tous les habitants de la ville, dans le silence le plus complet… En plus des influences des films de science-fiction et du surréalisme[4], Frydman aborde le thème des invasions et du totalitarisme : « le but était quand même de créer une angoisse (…), on a affaire à un envahisseur tranquille, qui fonctionne alors que personne n’y prend garde (…) et il y a une prise de pouvoir complète (…) »[5].
Les dessins sont signés Claude Lambert, artiste décor dans l’animation belge, sur des films comme Astérix et Cléopâtre (René Goscinny & Albert Uderzo, 1968), Lucky Luke (René Goscinny & Morris, 1971), ou encore Tintin et le Lac aux requins (Raymond Leblanc, 1972)[6]. Agulana reçoit le premier prix du jury pour un court métrage au 29e Festival de Cannes, en 1976[7]. Le film de Frydman est d’ailleurs montré en salle accompagnant la Palme d’or de la même année, Taxi Driver de Martin Scorsese.
[1] H.R., « La machine », L’Hebdo (Suisse), 08 juillet 1976, p. 28.
[2] F.R., « Créer un scénario de film aux Ateliers Alfred », Le Soir, 27 juillet 1986.
[3] G. FRYDMAN « 50/50 - Agulana de Gérald Frydman » Cinergie.be [En ligne] www.cinergie.be
[4] D. BOURAS, J.-M. VLAEMINCKX, « Cannes-Gérard Frydman », Cinergie.be
[En ligne] www.cinergie.be
[5] “Scarabus” et “Le Cheval de fer” de Gérald Frydman », Cinergie.be
[En ligne] www.dailymotion.com
[6] K. GIRAUD, « Claude Lambert’s Magic Touch Brought European Animation to Life For Decades”, The Animation Belgian [En ligne], www.theanimationbelgian.substack.com
[7] FESTIVAL DE CANNES, Agulana, [En ligne] www.festival-cannes.com

















