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CATALOGUE

L'HOMME AU CRÂNE RASÉ

(De man die zijn haar kort liet knippen) André Delvaux, 1965
prix 15 €

Les chefs-d'œuvre, au cinéma, ne sont pas légion. Des œuvres de la classe de Citizen Kane, de Pierrot le fou, de Salvatore Giuliano, il ne s'en fait pas dix par an, et même pas cinq, le monde pris dans son entier. L'une des toutes récentes est L'homme au crâne rasé, d'André Delvaux. Un film belge. (...) un indiscutable chef-d'œuvre, L'homme au crâne rasé, le premier long métrage qui nous soit venu de Belgique, ce pays, soit dit en passant, qu'il faudrait apprendre à aimer.
Michel Cournot (Le Nouvel Observateur 15.06.1966)

Premier film d'André Delvaux et tout de suite un classique du mouvement du réalisme magique flamand. Le scénario est basé sur le roman de Johan Daisne. Le personnage principal Govert Miereveld est avocat et enseigne également dans une école de filles en province. Il nourrit un amour platonique pour une de ses élèves, Fran, qui le jettera dans une spirale négative de désarroi mental.

 

COLLECTION ANDRÉ DELVAUX - 7 DVD
La collection André Delvaux, ce sont 6 longs métrages + un DVD avec des courts métrages peu connus, des interviews et documentaires sur l'œuvre et le personnage du cinéaste. Plus d'information

Réalisation André Delvaux | scénario : Anna De Pagter & André Delvaux d’après le roman homonyme de Johan Daisne | dialogues : André Delvaux & Johan Daisne | musique originale : Frédéric Devreese | photographie : Ghislain Cloquet | son : Antoine Bonfanti | montage : Suzanne Baron | décors : Jean-Claude Maes | production : Paul Louyet (Ministère de l’Education nationale et de la Culture) & Jos Op De Beeck (BRT) | direction de la production : Denise Delvaux | assistants à la réalisation : François Beukelaers & Pierre Grunstein.

Distribution Senne Rouffaer ... Govert Miereveld | Beata Tyszkiewicz ... Fran | Hector Camerlynck ... prof. Mato | Hilde Uitterlinden ... Beps | Annemarie Van Dijk ... Corra | Hilda Van Roose ... Mademoiselle Freken | François Beukelaers ... patient | Arlette Emmery ... élève | Paul S'Jongers ... assistant du prof. Mato | Luc Philips ... échevin | François Bernard ... juge Brantink | Vic Moeremans ... directeur | Maurits Goossens ... recteur | Voix de Fran ... Dora Van der Groen | Chant de Fran ... Yvonne Lex.

Les archives L'homme au crâne rasé

En 1965, deux professeurs, eux-mêmes issus de familles d’enseignants, tournent un roman basé sur la vie d’un professeur. Le premier professeur s’appelle Johan Daisne, de son vrai nom Herman Thiery, c’est l’auteur du roman. Il a écrit L’Homme au crâne rasé vingt ans avant, en 1946. Toute une série d’éléments du livre sont autobiographiques : ainsi, Johan Daisne n’a jamais caché que la jeune fille dont tombe amoureux le professeur Govert Miereveld s’inspire d’une de ses élèves. Daisne allait lui-même volontiers chez le coiffeur, il a assisté à une autopsie (avec le professeur Thomas, qui devient le professeur Mato dans son roman) et il a lui-même un peu perdu les pédales en découvrant la disparition de l’étiquette de Simonne Vuylsteke, devenue Eufrazia Veenman dans le livre. A côté de sa passion pour la littérature, Johan Daisne est aussi fasciné par le cinéma. Il écrit sur le cinéma à sa manière et publie ses critiques de film en parlant de ‘filmatique’, un genre qui mêle critique et expériences personnelles. Même quand il devient bibliothécaire de la ville de Gand, Johan Daisne conserve tout son intérêt pour le cinéma et entame une ambitieuse trilogie, le Dictionnaire filmographique de la littérature mondiale, où il rassemble des milliers de films ayant en commun une base littéraire.

Le deuxième professeur est André Delvaux. C’est lui qui réalise L’Homme au crâne rasé. Deux ans après la publication du livre, Delvaux assiste à une conférence de Johan Daisne, organisée par des étudiants de l’ULB, où il étudie la Philologie germanique et le Droit. Il est très impressionné par l’auteur et l’œuvre. Après ses études universitaires, Delvaux enseigne dans le secondaire, à l’Athénée Fernand Blum à Schaerbeek. Le cinéma monopolise aussi une grande partie de sa vie et de ses cours. Il organise des séminaires de cinéma à l’ULB, prodigue des formations à des enseignants pour les familiariser avec le média cinéma si bien que le Conservateur de la Cinémathèque, Jacques Ledoux, lui souffle l’idée de réaliser des films avec ses élèves. Un projet similaire existe à ce moment en Angleterre et donne au cinéaste in spe l’occasion rêvée de tâter du cinéma dans le cadre de ses activités d’enseignant.

Delvaux réalise aussi quelques années plus tard des documentaires sur le cinéma pour la télévision. Il réalise notamment une série en neuf épisodes sur le cinéma polonais pour la RTB en 1964. A cette occasion, il ne rencontre pas seulement les cinéastes qui comptent mais aussi l’actrice Beata Tyszkiewicz, à l’époque épouse du réalisateur Andrzej Wajda, et qui deviendra sa première interprète féminine. Détail important : le caméraman et le preneur de son que Delvaux engagera sont respectivement Ghislain Cloquet et Antoine Bonfanti, deux techniciens connus pour leurs états de service dans la Nouvelle Vague en France. Avec la monteuse française Suzanne Baron, Cloquet et Bonfanti forment le noyau de l’équipe technique de L’Homme au crâne rasé. Ils contribueront aussi à la fondation de l’école de cinéma de l’INSAS en 1963, où André Delvaux a enseigné pendant toute sa carrière. L’INSAS forme aussi un riche terreau pour les équipes des films ultérieurs de Delvaux, ne fut-ce que pour l’offre importante en stagiaires et en techniciens.

En 1963, Delvaux reçoit une commande de la BRT pour un moyen métrage pour la télévision. La commande émane de Jos Op De Beeck, directeur du service film, mais le rôle de Denise Delvaux, épouse d’André, qui était responsable pour la programmation cinéma de la BRT et qui avait aussi été secrétaire de Jacques Ledoux à la Cinémathèque n’est certainement pas à sous-estimer.

Cette commande rentre dans le cadre d’un vaste projet de porter au petit écran plusieurs œuvres de la littérature moderne flamande. Ainsi, on projette aussi de filmer Beatrijs de Dries Waterschoot, Bezette stad (Ville occupée) de Jos Jacobs, Onze-Lieve-Vrouw-der-Vissen (Notre-Dame des Poissons) de Frans Verstreken. André Delvaux choisit le livre de Johan Daisne, auquel il songe depuis la conférence de 1948 et demande à son commanditaire de pouvoir faire du moyen un long métrage. Pour cela, il trouve une rallonge de budget auprès du Ministère de l’Education nationale et de la Culture. Pour une aide structurelle au cinéma culturel néerlandophone, L’Homme au crâne rasé vient un an trop tôt. Ce n’est qu’en 1964 qu’un arrêté royal du ministre van Elslande est approuvé et que naît une politique structurelle de subsidiation du cinéma flamand.

Enfin le dernier des trois professeurs, c’est celui du film, le personnage de Govert Miereveld, un avocat qui remplace un confrère du Palais de Justice pour donner une leçon dans une école pour jeunes filles. La passion de Govert pour son élève Eufrazia Veenman prend des proportions telles qu’il perd tout sens de la réalité. Et comme le cinéaste nous place dans la tête de Miereveld, nous sommes en tant que spectateur aussi en train de perdre pied et de mélanger désespérément réalité et imaginaire. De ce point de vue, le film s’inscrit dans la prolongation du roman, comme un des premiers exemples du cinéma du réalisme magique en Belgique, un genre qui fera florès ultérieurement.

A certains égards, le réalisme magique se rapproche de l’expressionnisme, même si dans le cas de Delvaux il s’agit d’un expressionnisme fortement intériorisé. Une de ses grandes sources d’inspiration pour cela était la tradition de l’expressionnisme dans le cinéma allemand, dont Delvaux était un grand amateur. Il avait souvent accompagné ces films au piano au cours de la période 1952-1958 (il avait étudié le piano et la composition musicale au Conservatoire de Bruxelles). Ce n’est pas lui qui a écrit la musique de L’Homme au crâne rasé, mais bien Frédéric Devreese qui venait d’obtenir le prix Italia pour son opéra Willem van Saeftinghe. Devreese se base expressément sur la musique de Kurt Weill, alors très populaire dans les milieux intellectuels et artistiques et à laquelle le film fait aussi explicitement allusion – ainsi nous apprenons de la bouche de François Beukelaers à la fin du film que L’Opéra de Quatre sous de Pabst sera montré dans l’institution pour handicapés mentaux. Pour à peu près tous ses films ultérieurs, Delvaux fera encore appel à Devreese.

Lorsque L’Homme au crâne rasé passe fin 1965 à la télévision (pour laquelle il avait initialement été tourné), l’accueil est remarquablement tiède, mais après les réactions enthousiastes dans divers festivals et les critiques euphoriques en France, le film reste huit semaines à Paris, et ensuite deux à Londres. Ce n’est qu’en mars 1967, qu’il est à l’affiche en Belgique.

Suite à L’Homme au crâne rasé, une nouvelle collaboration entre Daisne et Delvaux est tout de suite envisagée. En mars 1966 est prise la décision de tourner Un soir, un train. Un soir, un train sera financé par la France. Suite au documentaire de la BRT Derrière l’écran, qui analyse en détail le processus d’élaboration des Demoiselles de Rochefort, Delvaux fait la rencontre de la productrice française Mag Bodard, qui produira le deuxième et le troisième film de Delvaux.

Grâce à leur structure de production clairement internationale, les films d’André Delvaux ont joué un rôle pionnier dans le contexte belge. Plus que les autres cinéastes belges, Delvaux gagne à sa cause un public international et ses films renvoient à un contexte culturel qui n’est pas que flamand ou francophone belge. En outre, Delvaux s’est toujours présenté comme un cinéaste belge. Il était fort attaché à son identité plurielle. Il en témoigne d’ailleurs lors de la conférence L’Auteur dans la cité qu’il a donnée peu avant sa disparition au Encuentro mundial de las artes, le 4 octobre 2002 à Valence en Espagne.


Erik Martens

Archives l’homme au crâne rasé. Réalisation, interviews, recherche, scénario, voix: Erik Martens. Entretiens avec: André Delvaux (image d'archives), François Beukelaers, Patrick Duynslaegher, Frédéric Devreese, Harry Kümel, Adolphe Nysenholc, Jacqueline Pierreux, Jaco Van Dormael, Johan Van Hecke. Assistant de rédaction: Tim Van der Poel avec l'aide de Thomas Payot. Caméra: Philippe Rohmer. Son: Bert Hebbelinck. Montage: Dirk Houben. Mixage audio: Erik Puttaert. Production Erik Martens avec l'aide de Tim Van der Poel.

L'homme au crâne rasé
André Delvaux
1965 - 95 min

Les archives L'homme au crâne rasé
Erik Martens
2005 - 36 min

Sur le tournage
BRT
1965 - 7 min

Langues néerlandais
Sous-titres français, anglais
Format 16:9
Cadre 1:66
Code régional PAL (region free)
Audio dolby digital 2.0
Disque DVD 9

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L'homme au crâne rasé15 €
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